La main des sourds

Pédophile sous silence

Le Centre de la Ressource de Sainte-Marie, qui accueille des jeunes sourds et handicapés, fait l’objet d’une enquête pour des abus sexuels commis par un éducateur sur plusieurs enfants. L’auteur présumé des faits a été licencié en décembre 2006 suite aux confidences d’une adolescente abusée. Le Collectif Sourd, qui regroupe plusieurs associations, dénonce des agressions sexuelles et des violences récurrentes commises depuis la création du centre il y a cinquante ans. Avec l’enquête qui vient de s’ouvrir, ils espèrent enfin se faire entendre.

 

Pascal Smith, Yolaine Famekamy et Jean-Pierre Clain du Collectif Sourd dénoncent des abus de toutes sortes perpétrés depuis près de 50 ans.

Agressions sexuelles, humiliations, maltraitances physiques… Depuis près de cinquante ans, les enfants et adolescents scolarisés au Centre de la Ressource, seraient régulièrement soumis à des abus. Le Collectif Sourd, emmené par trois associations, a décidé de briser le silence en révélant les faits. Le 17 décembre dernier, le Centre de la Ressource, situé à Sainte-Marie, qui accueille des jeunes sourds, aveugles et handicapés, célèbre son 50e anniversaire. Le Collectif profite de l’occasion pour se faire entendre et organise une manifestation. “On ne pouvait pas laisser penser que tout était rose et qu’il n’y avait aucun problème au sein du centre”, explique, en langue des signes, Pascal Smith, secrétaire du Collectif Sourd. “De génération en génération, il y a eu des abus de toutes sortes. Violences physiques, psychologiques et agressions sexuelles. Alors nous avons écrit un courrier au directeur pour qu’il prenne des mesures.” Yolaine Famekamy de l’ASB (association des sourds bénédictins) et Jean-Pierre Clain, président de l’ASIR (amicale des sourds de l’île de La Réunion) confirment les faits : “Les sourds communiquent beaucoup entre eux. Tout se sait. Beaucoup d’entre nous ont été abusés. Mais il n’est pas facile de déposer plainte. La plupart des sourds ne savent ni lire, ni écrire. Et ils n’ont pas une bonne connaissance de la loi. Comment se faire comprendre par un policier ou un gendarme ? Ce n’est pas simple. Et le résultat, c’est qu’il n’y a pas de plaintes malgré de nombreux abus”.

“MONSIEUR CAMILLE” LICENCIÉ

Le dernier exemple en date fait suite à la manifestation de décembre. Une jeune fille, Catherine(1), dénonce à une éducatrice et à une assistante sociale les agressions sexuelles répétées dont elle a été victime. Ironie du sort, la mère de la victime, sourde elle aussi, a été abusée par le même éducateur plusieurs années auparavant. La famille de la jeune fille dépose plainte et les faits sont rapportés au directeur de l’établissement, David Guibert. La sanction est immédiate. Camille M., dit “Monsieur Camille”, est immédiatement licencié. Le Centre prend l’affaire au sérieux, comme l’explique son directeur : “Nous avons transmis nos éléments d’enquête interne à la DRASS qui est l’autorité dont nous dépendons et au parquet. Nous avons déposé plainte contre X et nous nous sommes constitué partie civile. Une enquête globale est menée par la gendarmerie de Sainte-Marie au sein de l’établissement. Nous avons un souci de protection des enfants et de transparence vis-à-vis des parents. Maintenant, nous laissons la justice faire son travail”. L’attitude du Centre ne pouvait pas être différente. Mais une question demeure. Selon le Collectif Sourd, Monsieur Camille travaillait dans le centre depuis plus de 25 ans et a abusé de nombreuses jeunes filles. Pourquoi personne n’a réagi avant ? Difficile de penser qu’aucun autre personnel de l’établissement n’avait connaissance de ces faits alors que l’information circulait parmi les adolescents. Ce n’est pas la première fois que le Centre doit faire face à de tels agissements. En 2004, un enseignant avait été condamné à 16 ans de réclusion criminelle pour des viols et agressions sexuelles sur de jeunes aveugles et handicapés. Il est temps que la justice mette son nez dans la gestion du centre et que la DRASS, administrateur de la structure, fasse le tri parmi son personnel.

(1) Prénom d’emprunt.

– Le Collectif Sourd

Ce collectif regroupe trois associations : l’ASB (Association des sourds bénédictins), l’ASIR, (amicale des sourds de l’île de La Réunion) et l’OSER (objectif sourds entendants résolus) respectivement présidés par Patrice Bonnin, Jean-Pierre Clain et Gianny Prévil. Le secrétaire du collectif est Pascal Smith. Pour les contacter : Deafrun, 114 rue Maréchal Leclerc à Saint-Denis. Fax : 0262 47 38 03.

– Quelques chiffres

L’établissement de la Ressource a une capacité totale d’accueil de 260 places. 124 places dont 18 places en internat sont réservées aux enfants sourds. 51 places dont 21 en internat aux enfants aveugles. Les 75 autres enfants dépendent du Service d’Aide à l’Acquisition de l’Autonomie et à l’Intégration Scolaire et du Service Spécialisé d’Éducation Familiale et d’Intégration Scolaire. 190 professionnels prennent en charge les enfants.

50 ans d’enseignement

En 1955, le préfet du département de La Réunion sollicite une œuvre pour les enfants aveugles et sourds-muets. C’est la Congrégation des sœurs de Marie Immaculée, ordre marseillais fondé pour l’enseignement et l’éducation des jeunes aveugles et sourds-muets, qui répond à cette demande et qui signe le 15 mars 1956, une convention avec le préfet. Le 22 mars 1956, s’ouvre donc le premier centre pour enfants handicapés sensoriels de l’île de La Réunion. Établissement médico-social de caractère scolaire et professionnel, le Centre de la Ressource fonctionne sur l’attribution annuelle d’un prix de journée allouée par l’organisme de tutelle de l’État, la Direction régionale des affaires sanitaires et sociales (DRASS). Le Centre est géré par l’association IRSAM (Institut Régional des Sourds et Aveugles de Marseille), Association loi 1901, reconnue d’utilité publique. L’établissement dispense des cours allant de la Maternelle à la classe de 3e

Source : http://www.clicanoo.com19/03/2007 à ile de la réunion

Laisser un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.