« La loi de février 2005 est un texte généreux mais un vœu pieux. »

Le Dr Benoît Drion fait partie des créateurs d’un réseau régional « Sourds et santé », mettant à disposition des interprètes pour faciliter l’accès aux soins des personnes sourdes. Créé en 2005, il est le premier en France.

Quels problèmes rencontre une personne sourde dans sa vie quotidienne ?
« Il faut distinguer les problèmes des personnes malentendantes qui ont perdu l’audition et ceux des personnes nées sourdes. Les seconds perçoivent le monde au travers d’un prisme qui est différent du nôtre. Ils s’expriment par le langage des signes. C’est particulièrement difficile pour ces personnes. Ce n’est pas une conséquence de leur surdité mais le fait que notre société n’est pas adaptée. » Quels sont les principales difficultés ?
« Les difficultés sont d’abord liées au système éducatif qui n’amène pas une majorité de personnes sourdes à maîtriser la lecture et l’écriture. Dans le cadre du réseau santé, 80 % des gens que je rencontre peuvent lire un texte mais ne le comprennent pas. La société doit faire un pas vers eux, ne serait-ce qu’en appliquant la loi de février 2005. Mais ce texte généreux est un voeu pieux. S’il préconise la mise à disposition d’interprètes en langage des signes, notamment dans les services publics, les moyens n’ont pas suivi. En théorie, un étudiant sourd qui a réussi à atteindre l’enseignement supérieur devrait bénéficier d’heures d’interprètes mais ce n’est pas aisé. Il y a six interprètes diplômés pour toute la région. » Accéder au cinéma, aux musées, à la télévision… c’est compliqué ?
« Il y a très peu d’émissions télévisées où un interprète traduit en langage des signes. Ainsi, actuellement, l’information politique passe très peu et seulement à l’initiative des candidats. Même les malentendants ont du mal à suivre un film ou un journal télévisé. Les sous-titres sont souvent en décalage avec l’image. Dans les cinémas, ils préfèrent les films en VO sous-titrés qui ne sont pas les plus nombreux. Dans les musées, il faudrait davantage d’interprètes gratuits. Heureusement des associations se démènent. Un progrès pour une meilleure intégration sociale serait la distribution de chèques d’interprétation qui existe dans d’autres régions. »

Source : http://www.lavoixdunord.fr – 09/03/2007 à France

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