La main des sourds

Le silence fait mal

Les personnes devenues sourdes ont organisé hier un cours public de lecture sur les lèvres. Pour alerter l’opinion

Entendre, sans parole. C’est le paradoxe quotidien des malentendants et des personnes devenues sourdes. Leurs difficultés sont tout autres, et souvent moins connues, que celles des sourds de naissance.
« Lorsque nous perdons l’ouïe, nous avons beaucoup de difficultés pour rester intégré, car personne dans notre entourage professionnel et familial ne parle le langage des signes », regrette René Cottin, président de l’Association de réadaptation et de défense des devenus sourds (ARDDS Pyrénées). « Je connais des personnes malentendantes âgées qui vivent complètement recluses, par peur des vexations. »

Isolement. Entre la guichetière énervée de répéter une question plusieurs fois et les repas de famille bruyants où l’on n’entend plus les blagues lancées à la cantonade, la liste des situations difficiles à vivre est longue. Et la vie professionnelle n’y échappe pas.
Sourds et malentendants ne peuvent plus exercer dans tous les métiers nécessitant l’emploi du téléphone, comme dans l’enseignement. « Moi, j’ai eu la chance d’avoir une secrétaire qui prenait mes coups de fil et qui m’accompagnait aux réunions, explique René Cottin, ingénieur retraité d’Elf. C’est pour ça que je n’aime parler de mon cas. J’ai été privilégié. »
De fait, peu d’employeurs sont enclins à adapter le poste de travail au handicap, en les équipant de téléphones spéciaux et d’ordinateurs.
Pourtant, les « devenus sourds » sont nombreux dans le département. Entre 5 500 et 6 000, alors que les sourds de naissance sont eux 500. L’ARDDS s’efforce de les accompagner vers la réinsertion. Première étape : la lecture sur les lèvres, dite lecture labiale. Un cours est organisé toutes les semaines à la Maison des sourds, à Pau, à destination de la quarantaine d’adhérents (1). Oubliez les oreilles : il s’agit de faire voir la parole. « La compréhension passe par le canal visio-moteur, explique l’orthophoniste Marie-Françoise Lefebvre, leur professeur. C’est quelque chose de tout à fait inhabituel, qui ne se fait pas spontanément. »
Conséquence, à l’heure où débute le cours, les neuf élèves sont très concentrés. Le professeur décortique les syllabes, les articule distinctement? sans émettre le moindre son. Bienvenue dans un autre monde. Aux élèves d’en retrouver le sens.
(1) Contact : 05 59 81 87 41 (téléphone et fax). L’association compte également une antenne à Anglet (tél. 05 59 03 32 48).

L’ARDDS s’efforce également d’alerter les pouvoirs publics autour de plusieurs revendications. Parmi elles, un meilleur remboursement des appareils auditifs, qui coûtent entre 1 000 et 1 500 ?, pour seulement 200 ? remboursés.
Autre souhait : l’installation de relais de transcription écrite du téléphone, qui permettraient de relayer les paroles d’un interlocuteur et de les afficher sur un écran chez le malentendant. Le coût est assez élevé, mais financé par les compagnies de téléphone au Royaume-Uni et aux États-Unis. L’ARDDS teste actuellement un système où les messages laissés sur les répondeurs de portables sont transcrits en SMS.

Source : http://www.sudouest.com11/01/2007 à Saint Paulin d’Aquilée (France)

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