Aujourd’hui, j’arrive à oublier mon handicap

Cela fait un moment déjà que j’ai arrêté de me prendre la tête. Mais il m’a fallu du temps pour en arriver là. Des années, en fait, avant de réaliser que ce handicap dont j’avais tellement honte, c’était tout sauf la fin du monde ! Probable que je ne supportais pas d’être différente… J’avais peur qu’on se moque de moi. Et puis, j’en avais gros sur le cœur: pourquoi est-ce que c’était tombé sur moi ?!! Pourquoi n’avais-je pas le droit d’entendre comme les autres ?!! Sans parler de mes parents : je sentais bien qu’ils souffraient de la situation. a leur manière, ils culpabilisaient que leur “Mimi” adorée soit sourde…
Ce n’est qur lorsque je suis entrée en maternelle que mon handicap a été décélé. Ma maîtresse s’était aperçue que je ne réagissais pas lorsqu’elle m’appelait pour aller au tableau, et elle a aussitôt prévenu mes parents. Après une série de test auditifs, le verdict médical est tombé : je souffrais d’une perte auditive, de 50% à l’oreille gauche, et de 90% à l’oreille droite. J’était trop petit pour comprendre, mais j’ai senti qu’à la maison, de ce jour, il y avait quelque chose de changé… Mes parents s’inquiétaient pour moi. Ils paraissaient plus tristes qu’avant … Ils croyaient peut-être, comme moi un peu plus tard, que mon handicap m’empêcherait d’être heureuse dans la vie …

Pendant plusieurs mois, on m’a fait suivre pas mal de traitements. Mais comme aucun n’a marché, j’ai bien dû porter des appareils auditifs, ce qui a tout de suite changé le regard des gens sur moi. Il y avait de la compassion, presque de la pitié dans la manière dont ils se comportaient avec moi. Et s’il y avait une chose que je détestais, c’était bien celle-là !
Je n’ai vraiment commencé à parlé qu’à l’âge de 5 ans. Je me souviens des longues séanes chez Christine, l’orthophonite qui m’apprenait à bien articuler. Ca a été dur, laborieux, souvent décourageant. En même temps, ces moments m’ont beaucoup appris ….

” Allez, Emilie, courage, encore un dernier exercice ! ” Combien de fois j’ai entendu cette phrase-là. Grâce à Christine, j’ai tourné le dos à la paresse, et compris qy’à force de volonté et d’efforts on finit un jour ou l’autre par décrocher un gros lot. Et mon gros lot à moi, c’est qu’aujourd’hui, lorsque je parle, très peu de gens se rendent compte que je suis malentendante.
Mais le plus dur était encire à venir.

Je garde de très mauvais souvenir du lycée. Même si j’avais une vie scolaire normale, je me sentais très mal dans ma peau. Pas à ma place. Constamment, j’essayais de cacher mon handicap, et mes prothèses sous mes cheveux longs. Souvent quand on me disait quelque chose que je n’avais pas entendu, au lieu de demander comme n’importe qui l’aurait fait, je faisait semblant d’avoir compris. J’ai souvent dû passer pour une idiote… Et le pire, c’est que je préférais encore ça à l’aveu de ma surdité. Je me souviens aussi de la cruauté facile, des mots qui blessent : ” Qu’est-ce qu’elle peut être bouchée !! ” ou bien ” Tu comprends vraiment rien de rien !! “.

Par dessus tout, je me sentais seule. A la cantine, le brouhaha m’empêchait la plupart du temps de comprendra ce que me disaient mes voisions. Du coup, je préférais rester seule dans mon coin. On me prenait pour une fille hautaine, distante, imbue d’elle-même. La vérité c’est que je n’espérais qu’une chose : que quelqu’un s’asseye près de moi, et me parle de tout et de rien …

J’avais 14 ans quand je me suis inscrite au cours de théâtre de l’école. Ca m’a pris subitement, sur un coup de tête. Pas une seconde je n’imaginais que ça changerait ma vie. Sur scène, on apprend à dominer sa peur, à sortir de soi. Il faut croire que c’était surtout ça qui me manquait. Et puis, je me suis fait des vrais amis. La première fois que j’ai joué une pièce, ça a été une libération. Jamais je ne m’était sentie aussi fote. Je sentais le regard du public et j’ai réalisé que moi aussi je pouvais susciter le respect et l’admiration …

Oui, ça a été un vrai déclic, une grande bouffée d’oxygène.
Un an plus tard je suis entrée en contact avec une association de malentendants. J’ai pu me rendre compte que je n’était pas la seule dans ma situation, qu’il existait des gens beaucoup plus handicapés que moi. C’est grâce à cette association que j’ai appris à lire sur les lèvres. Et aujourd’hui, avec Grégory, mon copain, quand nous sommes en public et que deux personnes bavardent à quelques mètres de nous, il ne résiste pas à l’envie de me demander ce qu’ils disent !

La grande fierté de mes parents, ça a été que je décroché mon bac avec mention bien. On a fait la fête comme il se doit, et j’ai eu droit aux compliments de la famille toute entière. Mais il n’était pas question que je m’arrête là ! Je me suis mancée dans des études de communications – amusant pour une sourde ! – et, une fois mon DUT en poche, j’ai décroché dès le premier entretien un poste d’assistance chez un gros opérateur téléphonique. Voilà, ça aussi, ça a été ma grande victoire. Une victoire définitive cette fois. Contre le mauvais sortet, surtout, contre moi-même.

Si j’ai décidé de témoigner, c’est non seulement pour rassurer les parents d’enfants malentendants maus aussi pour dire u moins une chose à ceux sui souffrent du même handicap que moi : n’ayez pas peur de votre différence, vivez là à fond. Et vous verrez :

la vie saura vous donner le bonheur qui manque à beaucoup de bien portants !

Source : Maxi n°1032 – page 44-45

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