Mon chef oublie souvent que je suis sourd

2006-11-14

Hier matin, dans le cadre de Handicap’emploi, à Saint-Gilles-Croix-de-Vie, des malentendants ont témoigné

sur leur handicap au travail. Il y a matière à méditer pour ceux qui entendent bien.

« Si quelqu’un veut nous appeler et que l’on est loin, ça sert à rien de crier, de toute façon on ne l’entendra pas, témoigne Aurélie, atteinte de surdité. Il faut qu’il se déplace pour venir nous taper sur l’épaule. » Un geste qui peut paraître évident. Et pourtantAu sein de leur entreprise, les personnes atteintes de troubles de l’audition ressentent une mise à l’écart. Leurs collègues ont tendance à oublier le handicap de ces salariés.

Alain Héard, salarié de l’Union régionale des associations de parents denfants déficients auditifs (Urapeda) est intervenu pendant deux heures pour fournir quelques notions, afin de mieux comprendre ces salariés handicapés. « Ce n’est pas parce que quelqu’un peut lire sur les lèvres que vous pouvez vous adresser à lui comme à quelqu’un d’autre, explique-t-il. Une personne qui maîtrise parfaitement la lecture labiale ne saisit que 30 % des informations. C’est à lui ensuite de reconstituer le message, cela demande une très grande concentration. Et mâcher un chewing-gum, fumer une cigarette déforme les lèvres et donc altère la compréhension. »

« C’est à moi de m’adapter »

Ces efforts, les proches les font pour les personnes handicapées. Mais dans l’entreprise, les témoignages de difficultés se succèdent. « Au cours de réunions par exemple, souvent, mon chef oublie que je suis sourd, indique l’un d’eux, relayé par Véronique Savary, interprète. Alors je ne comprends rien. Un collègue me fait un résumé à la fin, mais très rapide. Je suis toujours au courant en dernier des consignes. »

C’est pour sensibiliser ses collègues de travail que Bertrand Coulon, employé aux espaces verts de Saint-Gilles-Croix-de-Vie, a participé à la journée Handicap’emploi. De petites choses, une attention supplémentaire, des formations aux salariés qui entendent bien, peuvent permettre à des personnes comme Bertrand de se sentir mieux accueillies au sein de l’entreprise. Jean-Michel Préaud peut en témoigner :« Je travaille avec Bertrand depuis trois ans. J’ai suivi une formation de langue des signes. J’ai compris que c’était à moi de m’adapter. C’est juste du savoir-vivre vis-à-vis de lui. » Mais hier matin, ils n’étaient que deux collègues de Bertrand à assister à cette réunion, malgré une information diffusée sur son lieu de travail : « Je suis très déçu, confie l’employé municipal. Ils auraient pu comprendre plein de choses. »

Alain Héard, représentant de parents d’enfants déficients auditifs, a présenté l’alphabet en langue des signes. Un excellent apprentissage pour les personnes qui entendent bien…

Source : www.ouest-france.fr © 5 Novembre 2006

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