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Signeuses. Celles qui parlent avec les mains

Impossible de se parler dos à dos, avec la langue des signes, le seul langage qui se prononce en trois dimensions.

En langage des signes, communiquer se dit « signer » (*). A Lorient, au centre multisocial Polygone, deux heures par semaine, une demi-douzaine d’élèves apprend à dialoguer autrement que par la parole avec Jean-Pierre Tafzi, formateur de l’association Visuel.

Ce soir elles sont cinq. Ludmilla, Tiphaine, Marina, Sandrine et Solène ont entre 20 et 40 ans. Ni sourdes, ni muettes. Pas de malentendants dans leur entourage proche, elles ne travaillent pas avec des sourds. Alors pourquoi apprendre la langue des signes ? « Nous sommes toutes plus ou moins dans un milieu à caractère social, mais ce n’est pas là notre principale motivation. On le fait par curiosité, par intérêt, comme on apprendrait une langue étrangère », témoigne Ludmilla. La démarche de ces jeunes femmes est personnelle, elles financent elles-mêmes leur formation. L’une est animatrice, les autres s’occupent d’enfants autistes ou de l’insertion des jeunes, la dernière est en terminale et se verrait bien interprète, plus tard, car il y en a très peu en Bretagne. Pour toutes, « signer », c’est tendre une main vers les autres, ceux qui sont enfermés dans un silence forcé. Mais pas que ça. Signer est aussi un plaisir, car la langue est ludique à apprendre.
Troisième langue
« Au premier cours, nous étions complètement paumées. Au début, c’est comme à la maternelle. On commence à traduire des formes basiques, des objets tout simples sur des dessins, des couleurs.
.. Puis on évolue vers des notions plus complexes ». Les cinq filles, qui poursuivront l’année prochaine, sont au niveau 2 du cycle 1. Il existe trois cycles de 60 heures, sous forme de cours hebdomadaires ou stages, à Lorient, Vannes ou Rennes. Chaque cours commence par la révision des notions acquises lors de la séance précédente. Ce soir, les vêtements : un caleçon (on tend un élastique), un string (on tire la ficelle), une chemise (on dessine un col) une casquette (on mime une visière). Puis Jean-Pierre distribue des dessins que chacun va décrire. Des situations simples inspirées des risques qu’encourent les malentendants au quotidien. A la limite du mime, la langue des signes s’enrichit avec le langage corporel, les expressions et mimiques du visage. Il faut être imaginatif. Signer relève autant du décodage ludique que de l’apprentissage. Qui plus est en trois dimensions, puisque les gestes doivent pouvoir être vus de plusieurs angles.
Rencontrer d’autres signeurs
Les cinq filles se débrouillent pas mal, résistant vaillamment à l’envie de parler. Elles suivent visiblement l’histoire de lutins suédois que raconte Jean-Pierre. Chaque mois, elles participent à des « Caf’Signes » au Café du Port (prochain rendez-vous samedi). L’occasion de découvrir d’autres façons de signer et de se mettre en situation. Elles adorent. « Il faut beaucoup pratiquer, car de nombreux signes sont identiques et leur sens varie selon le contexte ». Une première leçon ? Frotter ses paumes de main l’une sur l’autre signifie « pardon » et poser la main sur sa lèvre inférieure veut dire « merci ». * Il y a 200.000 signeurs en France. Depuis février 2005, les signes sont officiellement autorisés à l’école, où ils furent interdits de 1880 à 1981. Contact : Visuel, 11b, rue Poullain-Duparc, 35000 Rennes. E-mail : visuel. lsf35@wanadoo. fr

Source : http://www.letelegramme.com © – 18/07/2006 à Morbihan

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