La main des sourds

L’homme qui porte la parole des sourds

Christophe Ricono, interprète, « signe » ainsi son prénom en langue des signes française (LSF).

Christophe Ricono est interprète en langage des signes

Après une reconversion atypique, Christophe Ricono est devenu interprète professionnel en langue des signes française (LSF). Il exerce depuis octobre 2004 au service des sourds du département.

« Devenir interprète professionnel en langage des signes, ça ne s’improvise pas », prévient Christophe Ricono, 32 ans, dont rien ne destinait à cela. Depuis octobre 2004, gratuitement, il aide les personnes sourdes dans leurs démarches administratives (santé, éducation, culture ou justice), notamment dans le cadre de l’Association des sourds de Saint-Brieuc et des Côtes-d’Armor. Car si les SMS et internet ont largement contribué à sortir les sourds de leur solitude, ils se retrouvent souvent face à eux-mêmes dans leurs démarches quotidiennes.

Avant de se rendre indispensable auprès des quelque 550 sourds du département, l’homme des signes a été responsable financier pendant sept ans. A l’origine de cette mue professionnelle, une lassitude, confie-t-il. « Je n’avais pas assez de relations humaines dans mon travail », explique-t-il. Pour autant, cette immersion dans le monde de l’interprétariat en langue des signes française (LSF) ne s’est pas faite du jour au lendemain. « Il ne suffit pas d’être bilingue en langage des signes pour s’autoproclamer interprète. »

Pourtant familiarisé à ce handicap au contact de sa mère, elle-même sourde, Christophe Ricono s’est investi pendant trois ans dans un apprentissage intensif, sanctionné par un Diplôme d’études supérieures spécialisées (DESS) d’interprète en LSF, à Lille 3.

De l’émotion au secret professionnel

La difficulté majeure de ce métier, basé sur le langage du corps, tient à sa caractéristique première : c’est une langue à part entière, avec ses règles propres, son lexique, sa grammaire et surtout sa syntaxe. Aussi les pires gros mots existent-t-ils en LSF. Seul le verlan lui fait défaut. « Il faut absolument retrouver une unité de sens à la phrase, et ne pas retranscrire les gestes au mot par mot. »

Quand il traduit, il lui arrive parfois d’interrompre, un instant, les sourds qui « signent » à une vitesse folle afin de transmettre les émotions, le ton et les intentions présents dans leur gestuelle. Autre contrainte inhérente à ce métier, celle de la déontologie. « Nous sommes tenus à un code éthique qui nous oblige à respecter la fidélité du message, et le secret professionnel », précise-t-il.

Employé en contrat à durée déterminée jusqu’en mars 2006, par le centre Jacques-Cartier, Christophe espère bien que son emploi sera pérennisé.

Sur toute la France, il n’existe que cent cinquante professionnels, comme lui, particulièrement sollicités.

Source : http://www.ouestfrance.fr © 11/02/2006 à Saint-Brieuc (France)

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