La main des sourds

Promenade contée et signée

Catherine et Julie répètent leur conte, l’une en langue des signes, l’autre en français. Photo Rudolf Marton.

Catherine Wauthier est une conteuse extraordinaire. L’histoire se lit sur son visage, dans ses gestes. A propos de gestes, il faut préciser qu’elle est sourde et qu’elle s’exprime en langue des signes. Rien qu’à la regarder, on devine le gai, l’étonnant, le dramatique…

Ce ne doit pourtant pas être simple de raconter « Dragon blanc, dragon rouge », un conte d’origine asiatique, devant un tableau abstrait de Simon Hantaï. D’après Myriam Dom, responsable du projet, langue des signes et contes s’adaptent parfaitement l’un à l’autre. Car « dans les contes, tout est possible, tout peut arriver ».

Mais que de travail ! Lors d’une des premières répétitions, Julie Stouffs racontait en français cette histoire de dragons, poétique et capable de faire rêver les enfants et de ravir les parents. Mais Catherine ne la connaissait guère, raison pour laquelle une interprète français-langue des signes faisait le lien, et traduisait pour Catherine quelques-unes des phrases de Julie.

Mais dimanche prochain, il n’y aura pas d’intermédiaire. Et les deux conteuses pourront se montrer discrètes. Il s’agira alors de la « première » de la saison 2004-2005. L’aventure a commencé en 2000 : des promenades contées ont été imaginées pour les sourds et les entendants ensemble, adultes, jeunes et enfants. Hormis les dragons, il y aura ce dimanche « Le paysan et le diable ». Le dimanche 14 novembre, il y aura deux autres contes, et deux autres encore le dimanche 12 décembre, puis le dimanche 19 décembre. En tout, le musée fera appel à six conteurs sourds.

Lors de chacune de ces quatre promenades, il y aura également des jeux de langage et un atelier créatif. Chaque fois le dimanche à 14 heures.

Les saisons précédentes ont permis d’améliorer l’expérience. Ainsi, les groupes ne sont acceptés que jusqu’à trente personnes, (et chaque fois, il faut refuser du monde). Il s’agit bien souvent de familles qui se déplacent, parfois avec un enfant sourd.

Il n’y a, en Belgique en tout cas, que les Musées des Beaux-Arts de Bruxelles qui le mettent en pratique. Ces Musées ont mis au point d’autres projets en langue des signes : des visites commentées chaque premier samedi du mois, des visites-ateliers et des parcours créatifs… Toutes expériences qui visent à enrayer la fréquentation médiocre des personnes sourdes dans les musées. Car jusqu’il y a peu, la plupart des pays acceptaient comme tel le désert culturel dans lequel vivaient quasi tous les sourds du monde.

Musée d’art ancien, 3, rue de la Régence, 1000 Bruxelles. Réservation : tél. 02/508.33.50, fax 02/508.32.32, et e-mail : service.educatif@fine-arts-museum.be. Rendez-vous à la billetterie du Musée. Participation : 3,5 euros.

Un article lu : http://www.lesoir.be – 09/10/2004

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