La main des sourds

Il existe à Pontchaillou une unité d’accueil et de soins pour les sourds Le docteur parle la langue des signes

Le socle de l’équipe : Morgane Robert, aide-soignante sourde ; le docteur Isabelle Ridoux et Anne Coquemont, secrétaire bilingue. Et une psychologue sourde est attendue prochainement.

Une unité d’accueil et de soins pour personnes sourdes et malentendantes fonctionne, depuis un an, au centre hospitalier de Pontchaillou, à Rennes. Ce pôle régional a déjà assuré 500 consultations. En langue des signes, bien sûr.

« En 1995, on s’est rendu compte que le message de prévention du sida n’était pas passé chez les sourds, explique le docteur Isabelle Ridoux, qui dirige l’unité de Pontchaillou. Pour pallier cette discrimination fortuite, le professeur Herson a alors ouvert une première consultation en langue des signes, à l’hôpital de la Salpêtrière, à Paris. Depuis, dix pôles régionaux ont vu le jour. »

Il faut deux ans pour apprendre la langue des signes, quatre à cinq ans pour la maîtriser parfaitement, avec ses particularismes régionaux. Isabelle Ridoux s’est passionnée pour cette langue, « par curiosité », il y a quelques années. Elle a foncé quand ces unités de soins ont commencé à se mettre en place. « Bien conseillée par le docteur Dagron, à la Salpêtrière, explique-t-elle, mon projet a reçu une bonne écoute à l’Agence régionale d’hospitalisation. »

À Rennes, Isabelle Ridoux est aujourd’hui entourée d’Anne Coquemont, secrétaire médicale bilingue, de Morgane Robert, aide-soignante sourde (la première formée en France !), ainsi que d’un interprète. « La langue des signes permet de tout dire ; elle normalise les rapports et aide à mettre les sourds dans le soin ; elle les rassérène. Avant, ils avaient tendance à laisser tomber des informations qu’ils ne pouvaient recevoir. » Deux jours par semaine, l’équipe assure les consultations de médecine polyvalente et accompagne par ailleurs les patients pour les consultations spécialisées.

500 consultations de ce type ont déjà été conduites. La demande va croissant, sachant que la Bretagne compte 8 000 sourds qui utilisent la langue des signes. Parallèlement, l’équipe sensibilise le personnel soignant des hôpitaux, comme celui d’Yves-Le Foll, à Saint-Brieuc, où il existe une importante communauté sourde. Elle met actuellement au point un processus d’alerte par fax avec le service des urgences de Pontchaillou. Sur le fax, un système de pictogrammes et de mots compréhensibles par tous permet d’indiquer le problème et de cadrer l’intervention.

Aujourd’hui, l’hospitalisation des sourds se fait préférentiellement à Pontchaillou. Morgane Robert a déjà eu plusieurs fois l’occasion de renforcer les équipes en maternité ou en neurologie. À la Salpêtrière, un groupe de recherche linguistique s’attache à faire évoluer la façon de dire la santé en langue des signes.

Tél. 02 99 28 37 30, le mardi et le jeudi. Fax, 02 99 28 37 29. Minitel, 02 99 28 93 94. E-mail : anne.coquemont@chu-rennes.fr

Source : www.ouest-france.fr © 1 Octobre 2004

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