La main des sourds

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Pas facile de trouver du travail. Encore moins lorsqu’on souffre d’un handicap de la communication. Un Belmontais en fait l’expérience et se révolte. Rencontre.

«Lorsque je reçois une réponse — et ce n’est pas souvent — les employeurs me disent que je ferais mieux de m’adresser à l’assurance invalidité!» Nicolas Megias commence à en avoir assez. Depuis deux ans, il cherche désespérément du travail et se heurte sans cesse aux mêmes refus. Depuis début juillet, son droit au chômage étant épuisé, il touche le RMR. Et cela le mine. Le problème de Nicolas? Il est sourd. «Mais pas muet!» précise-t-il d’emblée. Il est vrai que des moyens d’expression, ce jeune homme de 30 ans n’en manque pas. Il «parle» le langage des signes à une vitesse folle et appuie sa gestuelle de nombreux mots. Et, surtout, Nicolas dessine.

Un téléphone de trop

Depuis sa plus tendre enfance, le jeune homme est attiré par tout ce qui a trait à l’image. Il a d’ailleurs décroché, il y a deux ans, un diplôme de l’Ecole professionnelle des arts contemporains (EPAC). «Mais comme il n’est pas facile de trouver du travail dans la bande dessinée, il a fait une sixième année pour se former comme webdesigner», précise sa maman, Igéa. L’ennui, souligne Nicolas, c’est que partout où il a postulé comme tel, il y avait un téléphone auquel il fallait répondre…

Ainsi, depuis deux ans, Nicolas écume le monde du travail en quête d’une place. «J’ai essayé partout où je pouvais, même comme balayeur!» Sans succès.

Humour incisif

Pourtant, le jeune dessinateur ne manque pas de compétences. Il réalise bénévolement des logos et des affiches pour divers organismes et dans le cadre du Centre de rencontres pour sourds. Ses BD illustrent le journal Sourd aujourd’hui. Nicolas le reconnaît volontiers, son monde à lui est un peu différent. Son humour, incisif, est plus facile à saisir pour les malentendants que pour les entendants. Cela n’enlève rien à son talent, au contraire: ses dessins et ses films vidéo proposent un regard novateur sur le monde.

Jusqu’à présent, sa créativité n’a pas permis à Nicolas de réaliser son rêve: trouver un travail et un appartement, qu’on lui refuse systématiquement faute de revenu. En désespoir de cause, le jeune homme a fini par déposer une demande à l’AI. Sans trop y croire. «Le problème, c’est que Nicolas a une formation qui lui permet — théoriquement — de gagner sa vie», soupire Igéa, sa maman. Un constat d’autant plus dur que la famille Megias a tout fait pour offrir à Nicolas les meilleures chances de réussite. Elle s’est notamment battue pour lui permettre de suivre des cours de rattrapage dans une université américaine réservée aux sourds. «A 18 ans, en sortant de l’école ici, il ne savait ni lire ni écrire!» précise Igéa.

Un article lu : http://www.24heures.ch – 29/08/2004 à Suisse

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