Sourd, Nicolas parle et écoute avec son ordinateur

Quand il rentre chez lui le week-end à Laval, Nicolas (ici avec sa mère Patricia et son frère David) échange avec ses copains de classe via Internet. Avec la web cam, il peut désormais écrire et voir son interlocuteur en même temps.

Grâce à une aide du conseil général, le jeune homme a amélioré son équipement. La technologie, un facteur primordial de son intégration.
« Que fais-tu ce week-end ? » Réponse « Je révise mon anglais, j’ai un examen lundi », tapote Nicolas sur son clavier. La photo de son interlocutrice est affichée sur l’écran. « Voilà, c’est parti pour des heures », prévient sa mère Patricia. En internat la semaine dans un lycée à Cesson-Sévigné (Ille-et-Vilaine), Nicolas passe une bonne partie de ses week-ends lavallois à « chater » sur Internet.

Là où des parents reprocheraient cet ermitage informatique, les Évrard encouragent leurs fils à ses correspondances à distance. « Il faut savoir que les sourds sont dans une bulle. » La mère de famille en sait quelque chose. Si Nicolas, 17 ans, vit avec une ouïe totalement hermétique aux bruits, son frère cadet, David, 14 ans, souffre de la même maladie. « Rien de génétique. Juste la faute à pas de chance », sourit Patricia.

Devant l’écran, Nicolas étanche sa soif d’informations. « Je communique avec mes copains de classe, je leur demande des conseils. Ou alors je cherche des informations pour compléter mes cours », explique de la voix et des mains le jeune garçon. Un zèle à la hauteur des mérites du lycéen, « troisième de sa classe », montre-t-il avec ses doigts.

Dans une section BEP électro-technique qui compte un autre élève sourd, il compense son handicap en lisant sur les lèvres, en recopiant les cours projetés sur le mur ou en suivant l’interprète de l’institut Paul-Cézanne de Fougères qui l’accompagne à raison de 4 h par semaine. « Le français écrit est le principal problème des sourds. Aujourd’hui, Nicolas écrit très bien. »

S’il empoche son diplôme, le jeune homme embrayera sur un bac professionnel, voire un BTS, stades ultimes vers l’autonomie. A la grande fierté de sa maman qui loue la technologie. « La surdité, je connais depuis mon enfance puisqu’un de mes oncles l’était. En quarante ans, j’ai vécu les énormes progrès. Toutes les innovations, fax, minitel, sont un gage d’indépendance supplémentaire. » Comme les mini-messages via les téléphones mobiles. « Une fois, le train de Nicolas avait du retard. En un texto, j’étais prévenue. »

Nicolas et David devraient encore enclencher la vitesse supérieure. Grâce à une aide financière du conseil général, Ils ont acquis un nouvel ordinateur avec scanner, web cam et l’Internet à haut débit. Nicolas en rêvait. Comme il pense déjà quitter le cocon familial pour voler de ses propres ailes. Mais ses parents ne l’entendent pas encore de cette oreille.

Un article lu : Ouest-France05/08/2004 à Laval

Laisser un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.