La main des sourds

« On est moins considéré comme des martiens maintenant qu’on est plus médiatisés »

Laure Boussard

Concrètement, comment est née la langue des signes ? « L’Histoire de la langue des signes, c’est la même que celle du français; on ne sait pas qui l’a inventé. En tout cas, la France a eu un rôle très important pour les sourds. L’Abbé de L’Épée a été le premier à faire une école publique dans le monde, au Siècle des lumières. En plus, un des premiers professeurs sourds de l’école est parti aux États-Unis, C’est pour cela que les signes sont proches dans les deux pays.
« En fait, chaque pays a sa langue des signes, mais le langage est universel : la grammaire est la même, c’est le vocabulaire qui change. En Suisse romane, la langue des signes est beaucoup plus lente… Comme quoi ! »

La traduction en langue des signes ne se fait a la télévision que depuis une dizaine d’années. Pourquoi est-ce encore trop rare ?

« II n’y a pas de volonté politique de rendre les programmes accessibles aux sourds. De plus, c’est le français qui prime et beaucoup pensent que le sous-titrage suffit. Mais ils ne savent pas que de nombreux sourds n’ont pas accès au français et ne maîtrisent pas non plus sa lecture. C’est complètement aberrant.
« Pour ce qui est de fa traduction des sessions de l’Assembler nationale, ce n’est la volonté que d’un seul homme politique : Laurent Fabius. Et il a dû user de son pouvoir personnel pour que cela se toi se. Pour l’anecdote, Il faut savoir qu’il est interdit de gigoter à l’Assemblée nationale. Il y a environ six ans, France 5 y avait fait une émission en direct; l’Interprète sourd qui y assistait faisait de trop grands gestes au goût de certains et ils lui l’avaient fait remarquer. Cela a bien sûr lait scandale et pour s’excuser, Laurent Fabius, qui était président de l’Assemblée à l’époque, a donc introduit la traduction en langue des signes. Cela a donc été un petit coup de pouce au destin ».

En France, la traduction pour les sourds à la télévision n’est pas encore bien perçue par certains. Comment l’expliquez-vous ?

« On pense que ça perturbe un peu les gens; ce n’est pas politiquement correct. Et puis, ce n’est pas encore ça ! Pour la traduction des sessions de l’Assemblée par exemple, on n’a le droit qu’à un tout petit médaillon. La réponse de France 3 à ce sujet, c’est que les députés ne veulent pas être cachés. Au début il y a même eu des plaintes. Quelqu’un pensait que l’on se moquait des députés; il ne comprenait pas pourquoi une jeune fille agitée faisait de grands gestes dans un médaillon. Et quand on lui a expliqué que j’étais une interprète pour les sourds, Il a demandé pourquoi il y avait du son, si c’était une émission pour les sourds ! »

Par rapport aux autres pays d’Europe, comment la France est-elle perçue dans ce domaine ?

« La France a énormément de retard. A titre d’exemple, il n’y a que trois centre; de formation en France et seulement 150 interprètes diplômés pour 200.000 à 300.000 sourds. Au Danemark, ils sont 400 pour 4.000 sourds ! Les pays scandinaves ont une avance considérable. Ils ont mis en place une sorte de télétexte pour les sourds. Cela permet, avec une seule manipulation, d’avoir un énorme médaillon à l’écran. Ce système, t’est l’avenir. « Et Il faut que les sourds se battent. Mais vu la mentalité française, a part une injonction de l’Europe, je ne vois pas comment cela pourrait s’améliorer. Dans notre pays, seuls 10 % des programmes sont sous-titres. En Grande-Bretagne, il y en a 90 %. Les sourds ont peur pour leur avenir car en France, on essaie vraiment de faire disparaître les différences».

Un article lu : Le Télégramme – 28/07/2004 à Carhaix

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