La main des sourds

Renouer le dialogue

«Étant moi-même entendant né de parents sourds et muets, j’ai pu vivre entre les deux cultures, utilisant leur langage respectif, oral d’une part et signé de l’autre. J’ai eu l’idée de réaliser un film à l’attention des sourds. Un film qui éviterait les sous-titrages…» Antoni Carneiro, Saint-Aubinois de 25 ans, vient de terminer ses études de photo et de vidéo en Belgique. Il n’a pas cherché très longtemps le thème de sa première réalisation. Et comme il a trouvé en Eliane Guillemare, l’adjointe au maire en charge de la culture, un soutien jamais démenti (le conseil municipal a accordé une subvention de 1.400 € à la réalisation du projet), il est passé à l’acte et a tourné Les Doigts dans la bouche.

L’histoire contée dans le film est celle d’une rencontre, d’un amour partagé entre deux personnes, l’une sourde et l’autre entendant. Lui (Nicolas Note, comédien et chanteur rouennais) est un artiste qui crée en communion avec les éléments naturels, en l’occurence, une plage des environs d’Etretat. Elle (Rahamateby Acharaff, comédienne parisienne sourde) prend des photos de son quotidien et écrit son journal. Le film, qui est actuellement au montage, illustre leur rencontre, leur passion et leurs problèmes, liés aux illusions de l’amour et de la communication.

«Peu importe l’intrigue amoureuse, qui n’est qu’un prétexte. Ce qui m’intéresse, c’est de montrer les problèmes de communication entre deux personnes. Et de sensibiliser les entendants aux problèmes des sourds. Les uns et les autres parlent une langue différente, ont une culture différente», résume Antoni, qui souhaite projeter son film dans les foyers de sourds et malentendants, «mais en ouvrant la projection aux entendants pour les engager à faire des choses ensemble. Il faut avoir le courage d’aller les uns vers les autres. On peut très bien se comprendre, si on prend le temps…»

Sur le plan technique, et pour éviter les sous-titrages, le réalisateur use de différents artifices, qui ne se limitent pas seulement aux jeux de lumière et aux gros plans sur les mouvements de lèvres: «La langue française signée, qui est une poésie des gestes, une danse du corps, trouve une présence renforcée avec la participation d’une jongleuse, Véronique Foucart. Il y a aussi la musique, que le spectateur sourd ne peut pas entendre. Mais le musicien Simon Canthelou s’attache à créer un accompagnement spécial capable de provoquer des sensations particulières chez le spectateur, en utilisant notamment des fréquences basses, des vibrations, plongeant le public sourd dans une ambiance «sonore» ressentie par tout son corps.»

Un article lu : Paris Normandie – 14/07/2004 à Saint-aubin-les-elebeuf

1 commentaire
  1. BARBIER dit

    comment peut-on voir ce film qui m’intéresse (je suis entrain de faire un dossier de réflexion sur l’accueil de jumeaux dont l’un est malentendant)merci.

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