La main des sourds

Travailleurs handicapés : les patrons promettent plus

Le patronat s’engage en faveur de l’emploi des personnes handicapées. Outre l’impératif de «solidarité», l’emploi de travailleurs handicapés est «un enjeu et un atout pour la croissance de notre pays», a déclaré hier le président du Medef, Ernest-Antoine Seillière, précisant que leur insertion s’impose «au regard des évolutions démographiques et de leurs conséquences sur les besoins de main d’oeuvre».

Remis hier par l’organisation patronale en présence de la nouvelle secrétaire d’État aux personnes handicapées, Marie-Anne Montchamp, «les trophées de l’insertion» ont récompensé quatre lauréats choisis dans une liste de 130 entreprises sélectionnées par le réseau handicap et emploi du Medef, lancé en mai 2001.

Le prix spécial du jury a été remis à Schneider Electric, qui a dépassé le taux de 6% de salariés handicapés qui s’impose aux entreprises de plus de 20 personnes. Schneider Electric compte en effet 486 personnes handicapées dans son personnel. La société s’est distinguée également par une politique active de formation des jeunes handicapés. La faible qualification est en partie responsable du taux de chômage élevé (près de 40%) qui touche cette population fragilisée : près de 85% des handicapés ont un niveau d’étude inférieur ou égal à un CAP, et 2% seulement un niveau équivalent ou supérieur à bac+ 2. Même ces derniers peinent à trouver un employeur.

Autres lauréats : Colette Henocque, coiffeuse, a monté son entreprise à la suite d’une invalidité qui lui interdit de rester debout. Comme elle, 3 000 handicapés se mettent à leur compte chaque année pour exercer une activité indépendante compatible avec leur état de santé. Mondiale Relay, filiale distribution du groupe 3 Suisses, a formé ses cadres et certains membres du personnel à la langue des signes pour pouvoir embaucher des sourds. Enfin, Edac, une PME de l’industrie, compte 11 travailleurs handicapés sur 150 salariés.

Ces chiffres sont encore plus significatifs quand on sait que 37% des employeurs assujettis à l’obligation des 6% n’ont aucun salarié handicapé. Pour ceux qui en emploient, le taux de 6% est loin d’être atteint : il varie d’un département à l’autre entre 3% et 4,5%.

Selon Philippe Velut, directeur général de l’Adapt, association de réinsertion professionnelle, le nouveau mode de calcul des salariés handicapés et la suppression de la liste des emplois exclus devraient permettre d’avoir une vision beaucoup plus réaliste de la situation. Selon lui, il n’y aurait pas plus de 2% de salariés handicapés en France.

Un sondage de Ifop pour le Medef révèle pourtant une évolution favorable de l’opinion des dirigeants d’entreprise : 62% de ceux qui n’emploient aucun handicapé sont prêts à le faire. Et 81% de ceux qui en emploient se déclarent prêts à en embaucher d’autres. Mais 74% d’entre eux réclament une meilleure politique d’aide à l’embauche.

Ernest-Antoine Seillière s’est d’ailleurs fait hier le porte-parole des entreprises, inquiètes des nouveautés en matière d’emploi contenues dans le projet de loi en faveur de l’insertion des handicapés qui doit être débattu à l’Assemblée nationale à la fin du mois. Marie-Anne Montchamp a tenu à rassurer les patrons, rappelant que plusieurs points du projet de loi valorisaient les diverses initiatives des entreprises, notamment en matière de formation, en leur permettant d’en déduire les dépenses de leur contribution à l’Agefiph. Elle a annoncé la création d’un groupe de travail réunissant tous les acteurs concernés pour répondre concrètement aux questions des entreprises.

Dans son entourage, on affirme qu’il n’est pas question de revenir sur le nouveau mode de calcul des salariés handicapés, ni sur la suppression de la liste des emplois exclus.

Un article lu : Lefigaro.fr – 04/05/2004 à France

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