Succès d’une implantation au service d’ORL du CHU de Casablanca : un espoir, en cas de surdité totale

Une équipe franco-marocaine, composée des professeurs Bernard Fraysse, vice-doyen de la faculté de médecine de Toulouse, Mustapha Detsouli, Youssef Benchekroun et Chakib Aït Benhamou, a réalisé avec succès une implantation cochléaire sur une fillette de trois ans et demi au service d’ORL du centre hospitalier universitaire de Casablanca. Il s’agit d’un implant qui stimule le nerf auditif permettant de remédier à des surdités bilatérales profondes, lorsque l’appareillage conventionnel ne donne pas de résultat.

L’implant cochléaire coûte 260000dirhams ( garantie à vie) et se compose d’une partie externe, et d’une partie interne qui est introduite au cours d’une intervention chirurgicale. «La partie externe est composée d’un microphone, pour capter les sons, d’un processeur vocal, qui contient le programme chargé de transformer les sons captés en signaux électriques, transmis via un porte électrodes aux fibres nerveuse auditives». Le Dr Detsouli précise que cet implant constitue une meilleure solution de guérison pour les adultes ou adolescents devenus sourds tardivement ( c’est-à-dire ceux qui ont perdu l’ouïe après avoir acquis le langage).

Cette méthode donne , en effet, des résultats spectaculaires si l’intervention est réalisée précocement juste après la chute de l’audition. En revanche pour les tout-petits qui ont perdu l’ouïe avant l’âge de deux ans, avant l’acquisition du langage , ou ceux qui sont nés avec une surdité profonde, cette technique ne donne pas de résultat après l’âge de 5 ans. Le Dr Detsouli déclare que «pour éviter que les fonctions auditives ne s’atrophient, il est recommandé de poser l’implant à un âge très jeune, entre 2 et 5 ans, ce qui nécessite , entre autre, d’être absolument certain du diagnostic de surdité».

C’est le cas de la petite fille à qui l’on a posé l’implant récemment dans le service ORL du Dr Benchekroun. L’opération a réussi mais la fillette n’acquérira pas le langage les jours à venir ou les mois à venir. Au fait la technique comprend quatre étapes majeures qui s’enchaînent. Le premier critère, le bilan audiométrique qui va déterminer s’il y a des résultats significatifs ou non avec des prothèses classiques. Lorsqu’aucun gain n’est constaté, l’implantation peut alors être envisagée.

Un bilan radiologique (scanner et URM) est réalisé pour s’assurer de la possibilité ou non de pose de l’implant. En effet, une insuffisance de fonctionnement du nerf auditif ou une malformation de l’oreille interne sont des contres-indications d’implant, précise le Dr. Detsouli. L’étape suivante c’est l’intervention chirurgicale, visant à poser la partie interne de l’implant. Quelques jours après c’est la partie «réglages» qui débute. Le premier branchement est suivi de séances, plus ou moins nombreuses, visant à optimiser le réglage des programmes du processeur.

Enfin, la rééducation consistant en séances qui débutent en général peu de temps après les premiers branchements et s’étendent de quelques semaines pour les personnes qui ont déjà un acquis en langage à plusieurs mois, voire des années, pour celles qui ne l’ont jamais acquis pour apprendre à parler. Le Dr Detsouli nous a donné rendez-vous dans 6 mois pour voir le résultat de l’implantation qui a eu lieu au CHU récemment. Espérons que cette intervention, première du genre dans le secteur public, sera suivie d’autres afin de donner à ceux qui naissent ou qui deviennent sourds la chance de vivre sans handicap. Contrairement aux apparences, la perte de l’ouïe constitue un handicap sévère sur le plan de la communication, qui peut conduire jusqu’à l’isolement social.

Avec cette méthode, on ne doit plus rencontrer le drame de l’enfant sourd-muet, la cruauté de cette surdité qui isole et peu à peu expulse le sourd du monde de ceux qui entendent, ni celui de l’adulte mûrissant qui, malgré lui, le pousse dans la vieillesse.

Un article lu : Meknes-net – 31/ 03/2004

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