Les sourds, spectateurs privilégiés de la création de Nordey, samedi au TNB Le Triomphe en langue des signes

Noémie Churlet et Gérard Sanroma. Pour les deux comédiens sourds, le grand soir de la création du Triomphe est pour demain.

Les aveugles, il y a une semaine, ont mieux profité du Triomphe de l’amour par Stanislas Nordey au TNB, grâce à l’audiodescription dispensée individuellement par casque. Demain samedi, les sourds aussi auront droit à leur séance spéciale en langue des signes. A gauche de la scène, deux comédiens sourds restitueront en direct les dialogues de la pièce de Marivaux.

A priori, pour les sourds, une solution saute aux yeux : le surtitrage, auquel le TNB est habitué puisqu’il accueille régulièrement des créations étrangères. « Beaucoup de sourds de naissance ont un rapport très difficile à la langue française, rétorque une spécialiste de la langue des signes. Ils n’ont pas notre rapidité de lecture. » Et ils ont surtout une vraie langue à leur disposition, « pas une simple technique de communication. D’ailleurs, dans sa forme, la langue des signes est plus proche du japonais que du français. »

Autant dire que les deux comédiens sourds, la Parisienne Noémie Churlet et le Strasbourgeois Gérard Sanroma, n’ont pas eu la partie facile avec le texte de Marivaux. « Beaucoup de mots français n’existent pas en langue des signes, confient-ils. La difficulté est accrue avec un texte du XVIIIe siècle. » Sur deux semaines de travail ­ « il faudrait un mois pour être confortable » –, les deux comédiens passent la seconde à apprendre leur texte, la première étant entièrement consacrée à la traduction. « On a chacun notre méthode, explique Noémie. On griffonne, on fait des petits dessins. »

3 personnages pour elle, 4 pour lui

Samedi soir, à l’occasion de la dernière représentation à Rennes du Triomphe de l’amour, Noémie Churlet et Gérard Sanroma ne vont pas avoir le temps de rêvasser. Installés en marge de la scène de Vilar, côté jardin, elle interprétera les trois personnages féminins et lui, les quatre masculins. Leur public ­ une petite centaine de personnes ­ sera évidemment placé à proximité. « Nous n’utiliserons pas la langue des signes de tous les jours, précisent les deux comédiens. En général, elle s’accompagne d’expressions très marquées du visage. Là, nous serons moins démonstratifs afin de respecter la sobriété de la mise en scène de Stanislas Nordey. »

Car Noémie et Gérard ne travaillent pas seuls dans leur coin. Ils ont un contact quasi quotidien avec Guillaume Gatteau, l’assistant de Nordey. « Les comédiens de la pièce ont un peu tous les mêmes attitudes, le même débit. Une chance, finalement, car nous n’avons pas eu le temps de faire un travail d’imitation. » Toujours est-il que, demain soir, les deux comédiens se lancent dans le grand bain. Leur première à eux, « une création dans la création, » comme le souligne Nathalie Ribet, chargée des publics spécifiques au TNB, seul théâtre de province à utiliser la langue des signes. Comme les autres comédiens, Noémie et Gérard seront, ensuite, amenés à suivreLe Triomphe en tournée.

Source : www.ouest-france.fr © 26 Mars 2004

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