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Pour les enfants sourds, la langue des signes reste indispensable

De Sandy Leclerc, lectrice de Saint-Fiacre-sur-Maine : « Le jeudi 29 janvier, avait lieu, à Nantes, une réunion organisée par l’Association des parents d’enfants déficients auditifs (Apeda) sur le thème : ‘L’enfant sourd et l’orthophonie’. Moi-même mère d’une petite fille de 8 ans, sourde profonde, et soucieuse de ne pas passer à côté d’informations sur la surdité, je m’y suis donc rendue.

« A l’issue d’un exposé sur les différentes méthodes d’orthophonie réalisé par quatre orthophonistes représentant les quatre principales structures sur Nantes qui s’occupent de la surdité, la première question du débat avec le public fut posée par une jeune audioprothésiste (dont le travail est d’appareiller les enfants sourds).

« Cette jeune femme fraîchement diplômée a voulu savoir si ‘la langue des signes (LSF) avait encore lieu d’être dans la prise en charge de l’enfant sourd’, puisque les diverses techniques orthophoniques d’aujourd’hui semblent on ne peut plus au point ! Avec une certaine naïveté ou par provocation j’ose espérer, elle a eu, je crois, le mérite de poser une question qui est bien au coeur du débat sur la surdité, n’en déplaise à certaines personnes qui pensaient que le débat n’était pas là et qui l’ont vite clos d’ailleurs.

« La technique en pointe aujourd’hui, c’est l’implant cochléaire qui est proposé à de nombreux jeunes enfants sourds. Complément indispensable de cet implant, les mérites de l’éducation orthophonique sont longuement vantés.

« Ces jeunes parents qui découvrent la surdité de leurs enfants sont, on le comprend, désarmés et dans l’attente de solutions, ‘plongent’ alors naturellement dans les bras des ORL, audioprothésiste et de certains orthophonistes trop contents d’utiliser leurs techniques aux dépens d’une prise en charge globale de la surdité qui impliquerait aussi la pratique de la langue des signes.

Que vont devenir ces enfants sourds ?

« Lorsque nous avons nous-mêmes découvert la surdité de notre fille, nous avons dû livrer deux batailles : la première consistait à faire accepter à certains responsables du centre d’action médico-social précoce du CHU, la nécessité pour nous, dans un premier temps, de communiquer par tous les moyens avec notre enfant (notamment avec la langue des signes) plutôt que d’attendre quelques années pour qu’elle puisse enfin articuler des mots et des phrases. Nous voulions privilégier le sens par rapport au son et il a fallu alors se justifier, accepter d’être culpabilisés, de ne pas penser comme le corps médical.

« La deuxième bataille a été de vouloir la changer de structure pour la mettre au Service d’accompagnement familial et d’éducation précoce (Safep) de la Persagotière. Un lieu de prise en charge globale de l’enfant sourd, sujet et non objet, un lieu dont on s’était bien gardé d’ailleurs de nous communiquer l’existence, et c’est toujours le cas aujourd’hui.

« Voilà bientôt sept ans que nous sommes entrés dans l’univers de la surdité et plus les années passent, plus ma colère monte quand j’entends toutes ces informations qui font de la surdité une simple question d’éducation orthophonique.

« L’enfant sourd n’est perçu que comme une oreille qu’il faut rendre la plus normale possible. Et une certain élite est en train de naître. Ces enfants qui parlent de mieux en mieux, exemple parfait de la prise en charge orthophonique. Des enfants qui sont exhibés comme preuve de cette réussite sans faille.

« Parlera-t-on un jour de tous ces enfants sourds pour qui ça ne marche pas comme les adultes le voudraient ? Parlera-t-on un jour de certains de ces enfants élevés selon un mode purement oraliste et qui, à l’adolescence, se tournent vers la langue des signes ?

« Que vont devenir tous ces enfants sourds qui ont des désirs qu’ils voudraient exprimer, des envies de vivre, de communiquer, comme tous les enfants sans être toujours soumis au seul poids d’un objectif obligé de réussite orale.

« A l’heure où les médias, l’école même, parlent de plus en plus du bien-être des enfants, d’un développement psychologique harmonieux plus que de leur réussite scolaire à tout prix, il semble que cela ne soit pas encore parvenu aux oreilles de certains ORL. « Faire la sourde oreille à d’autres formes possibles d’éducation de l’enfant sourd, c’est un comble non ! Loin de vouloir remettre en cause l’intérêt de l’orthophonie, dont ma fille bénéficie aujourd’hui avec plaisir au même titre que la LSF, je voulais simplement tirer la sonnette d’alarme sur une situation que j’espère propre à Nantes. Existe-t-il des villes en France ou cohabitent avec respect mutuel langue des signes et orthophonie ? »

Source : http://www.ouest-france.fr © 25 Février 2004 à Nantes (France)

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