Du linge sale en famille

Des enfants abusés par leur père adoptif ?

Sordide et hallucinant. Le procès qui s’est ouvert mercredi en correctionnelle à Nivelles l’est à plus d’un titre. Sur le banc de l’accusation, Roland V. (69 ans) : un enseignant retraité, aujourd’hui domicilié à Orp-Jauche, accusé d’attentats à la pudeur et de viols par quatre des douze enfants qu’il a adoptés avec son épouse. Des gosses d’origine vietnamienne, indienne, coréenne et haïtienne. Certains sont sourds et muets.

Le prévenu nie les faits qui lui sont reprochés. Il n’a d’ailleurs jamais été placé sous mandat d’arrêt ni inculpé par un juge d’instruction – il n’a d’ailleurs jamais été entendu par un magistrat instructeur. Il a été renvoyé en correctionnelle par ordonnance de la chambre du conseil sur réquisitions du parquet.

Ce procès s’était ouvert voici environ un an et tous les témoins, à charge et à décharge, avaient été entendus dans des circonstances particulières puisqu’il avait fallu avoir recours à un interprète du langage des signes. Les avocats s’apprêtaient à plaider lorsque l’un des juges assesseurs, M. Collard, se souvint avoir remplacé le juge d’instruction Cruysmans durant une brève période estivale au cours de laquelle il avait eu connaissance de ce dossier. Par jugement interlocutoire rendu le 18 décembre 2002, décision fut prise de reprendre tout à zéro avec un siège autrement composé.

Ces mercredi et jeudi, Roland V. s’est expliqué sur des faits qui ont eu lieu de 1973 à 1996, à Wemmel d’abord, à Orp-Jauche ensuite. Via diverses œuvres d’adoption, le couple – qui avait eu une fille en 1964 – avait adopté 12 enfants en très bas âge puisque le plus jeune avait à peine trois mois lorsqu’il arriva en Belgique. Certains étaient physiquement et psychologiquement éprouvés.

« Les gosses ont racontédes choses impossibles »
C’était de notre part un choix délibéré, explique Roland V. On les prenait « brut pour net », tels qu’ils étaient, sans chicaner et sans essayer de connaître les antécédents de leurs parents. Je suis fier de dire que tous sont arrivés en fin d’adolescence sans assuétude au tabac, à l’alcool, à la drogue. Tous ont reçu une formation scolaire adaptée à leurs moyens intellectuels. Certains sont universitaires. Ceux qui m’accusent, pour moi, ils n’existent plus. Ce n’est peut-être pas très bien de le dire, mais c’est la seule manière pour survivre. C’est insupportable. Il y a sept ans que ça dure.

L’affaire éclate le 18 février 1997 lorsque Florence, un des enfants adoptés par le couple, confie à une éducatrice avoir été victime d’abus sexuels. Elle réitéra ses accusations devant un juge d’instruction. D’autres membres de la fratrie sont entendus : Michaël parle de maltraitances psychologiques, Régine affirme avoir été attachée à son lit durant la nuit, puis mise dans une cellule dotée d’un détecteur. Nirmala, elle, prétend avoir été d’emblée le jouet sexuel : dès son arrivée en Belgique, à l’âge de 6 ans, et jusqu’à ses 17 ans.

Roland V. réfute toutes les accusations portées contre lui et tente de justifier son attitude en expliquant comment il lui fallut lutter face aux problèmes psychologiques, aux troubles comportementaux et aux handicaps physiques des enfants. S’il ne nie pas avoir imposé une discipline de fer à la populeuse communauté familiale, il rejette les accusations – bien tardives, dit-il – dont il fait l’objet.

Le premier témoin entendu par le tribunal est un ancien collègue qui, divorcé, a rejoint le couple dont il partage la vie depuis 1970. Jamais, dit-il, il n’a surpris le moindre geste déplacé, jamais il n’a recueilli la moindre confidence. Pour lui, les enfants ont raconté des choses totalement impossibles.

Quatre audiences complémentaires sont prévues. Le jugement pourrait ne pas être rendu avant décembre.

Source : LE SOIR EN LIGNE

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