Des sourds-muets contrôlent les entrées du stade

Au stade de Brazzaville, le silence est d’or ! On y a recruté de jeunes sourds-muets pour déchirer les tickets à l’entrée. Une mesure qui coupe l’herbe sous le pied des fraudeurs, des portiers et des policiers corrompus. On ne marchande plus et les recettes s’envolent…

– Du jamais vu ! Les recettes de la récente finale de la Coupe de football du Congo, au stade Alphonse Massamba Debat de Brazzaville, se sont élevées à près de 10 millions de francs Cfa (15 000 euros) alors que, depuis des lustres, les matches ne rapportent que des clopinettes : 1 million de francs Cfa (1 500 euros) quand ils pourraient parfois rapporter 30 fois plus, à en croire les autorités de la Ligue de football de Brazzaville (Lifobra). Lors des grandes rencontres, les spectateurs, qui paient 500 ou 1 000 F Cfa l’entrée, avoisinent les 60 000 pour un stade de 20 000 places !

L’explication de ce retour miraculeux à la rentabilité est tout simple : ce sont désormais des sourds-muets qui déchirent les billets à l’entrée et non plus des portiers complaisants, en cheville avec les policiers. Pourquoi des sourds-muets ? Parce qu’avec eux, pas moyen de marchander. M. Badjimombo, secrétaire général de la Lifobra, s’indigne en racontant comment cela se passait avant : «Il y a des “chefs” qui venaient au stade avec une famille de cinq personnes, incapables de payer un billet de 500 F Cfa. Avec les bien-entendant, ils négocient sans difficulté leur passage. Ce n’est pas le cas avec les sourds-muets. Eux, ils s’en foutent de ce que vous êtes, ce qui compte c’est de voir le billet.»

, dénoncent les autorités de la ligue. , regrette un membre de la (Lifobra). M. Badjimombo dévoile la combine qui permettait aux portiers, policiers et gendarmes chargés de superviser les entrées du stade de se remplir les poches. «Quand quelqu’un vient avec un billet, le portier ne le déchire pas. Il le redonne aux policiers et aux gendarmes. Ces derniers le revendent et empochent l’argent. Le même billet est ainsi vendu dix fois de suite. Si c’est un billet de 500 F Cfa, le stade n’aura encaissé qu’une fois 500 F Cfa, tandis que les portiers et les hommes en armes en ont gagné 5 000. A la fin du match, ces prédateurs se partagent le butin. Sans compter ce que les autorités politiques prenaient en toute impunité dans le passé». Lors des petits matches, les billets sont revendus moins cher par les qui négocient avec les hommes en armes.

Pour arrêter cette saignée financière, la Lifobra a eu la surprenante idée de placer cinquante-deux sourds-muets au contrôle des entrées. , commente Nazaire Diabindama, directeur de l’Institut des jeunes sourds.

Policiers et gendarmes se bornent à présent à assurer l’ordre, ce qui ne les enchante guère. En août dernier, lors de finale entre les Diables noirs de Brazza et le V. Club de Pointe noire, fraudeurs et agents s’en sont pris physiquement aux handicapés. Benjamin en porte encore les traces. En langage des signes, il explique à un interprète : de telles exactions se poursuivent contre nos membres, je finirai par ne plus les livrer aux autorités du stade, avertit Alain Mercier, le président de l’Association nationale des sourds et déficients auditifs du Congo (Ansdaco). Alain Patrick Massamba, journaliste sportif à la Semaine Africaine, s’interroge : En effet, pas besoin de parler ou d’entendre pour accepter un billet. D’autant que par match, chacun ne reçoit que 2 000 à 2 500 F Cfa. C’est trop peu pour un travail aussi difficile, conclut M. Nazaire. Alain Mercier promet, lui, que les prix seront revus à la hausse dès que le protocole d’accord sera signé avec les autorités du stade. L’aéroport et le Beach envisageraient eux aussi de faire appel à leur service pour limiter la fraude.

Source : Walf adjri – 15 / 10 / 2003

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