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Hauts de Seine Habitat

Des diplômes malgré la surdité

Jean-Claude Boursin, ancien menuisier-ébéniste, a voulu montrer que le handicap n’est pas insurmontable

Jean-Claude, et Nadia, son épouse, qui enseigne elle aussi la langue des signes.

C‘est un mémoire d’étudiant en maîtrise dont la couverture ne laisse, au premier regard, rien paraître. Il y a quand même un indice. « Mémoire soutenu en langue des signes », indique-t-elle. Son auteur, Jean-Claude Boursin, 53 ans, un habitant d’Avrillé, près d’Angers, a dû se battre pour en arriver là. Il est sourd depuis l’âge de trois ans, un handicap qui ferme plutôt la porte des amphithéâtres de l’enseignement supérieur. Impossible de suivre un cours sans un soutien de chaque instant. Il faut deux interprètes qui se relaient environ toutes les vingt minutes tant l’exercice est prenant. Et une autre personne pour assurer la prise de notes.

À l’université de Rennes, Jean-Claude avait pourtant trouvé ces conditions. Après un parcours de menuisier-ébéniste, puis d’éducateur spécialisé et de professeur à Nantes de langue des signes, cette chanson de gestes qui permet aux sourds de se parler entre eux, Jean-Claude avait réussi à boucler sa licence en sciences de l’éducation. Ils étaient quatorze comme lui. Avide de savoir, Jean-Claude n’a pas voulu en rester là. Il lorgne sur une maîtrise. Autant demander la lune ! Des quatorze étudiants malentendants, il est le seul à ne pas vouloir s’arrêter. Rude exercice : c’est à l’université de Lille, au prix d’une longue quête, qu’il a trouvé la bonne porte. Des cours chez soi grâce à l’ordinateur, des déplacements dans le Nord pour les examens et rencontrer ses professeurs. L’année est épuisante. Seulement, l’ancien menuisier-ébéniste ne lâche pas. Même si… « Pour moi, ce fut un travail énorme et très dur qui m’a réclamé beaucoup d’efforts. Plusieurs fois, j’ai failli abandonner », confie-t-il.

« Tout est possible »

Mais depuis son premier métier, Jean-Claude a fait trop de chemin. Et en juin dernier, le jury de l’université lilloise lui a décerné son diplôme pour ce mémoire dont le titre sonne un peu comme un défi : « La langue des signes comme support pédagogique pour éradiquer l’illettrisme ». Son auteur y dénonce l’illettrisme dont souffrent beaucoup trop de sourds. Plongés enfant dans leur monde du silence, ils ne peuvent faire l’apprentissage du langage, privés de trop de liens avec l’autre monde, celui de la parole. Cette souffrance, Jean-Claude la résume : « Un enfant qui entend enregistre les mots et les sons dans plein de tiroirs. Chez un enfant sourd, les tiroirs sont vides ».Et ils risquent de le rester si l’entourage familial et scolaire ne déploie pas des trésors de compréhension.

Voilà pourquoi, Jean-Claude aimerait bien que son parcours donne des idées à d’autres sourds. Il ne prend pas ses diplômes universitaires comme une revanche personnelle. Plutôt comme une invitation à ne pas subir un handicap. « Nous, les sourds, nous sommes aussi capables de mener à bien des travaux intellectuels. », insiste-t-il. La preuve… Seulement, il sait trop bien que son chemin reste l’exception. Un chemin dont rien ni personne ne pouvaient le détourner. Jean-Claude le rappelle en exergue de son mémoire : « Aucune barrière ne pourrait arrêter mon itinéraire. Poursuivre mes études en maîtrise de sciences de l’éducation m’a incité à faire cette recherche sur l’illettrisme des sourds. C’est en outre apporter à mes élèves un regard encourageant ». Pas de vaines paroles. Jean-Claude va se donner le temps de souffler. Et puis, il se verrait bien reprendre le collier. Cette fois, pour un DEA, un diplôme d’études approfondies. Il l’a écrit en préambule de son mémoire : « Tout est possible »…

Source : www.ouest-france.fr © 28 Septembre 2003

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