Traduire la vie courante

La communication passe entre Vérane Haubtmann et son interprète en langue des signes, Rachel Scherrer. 

Depuis quatre ans, les sourds du Haut-Rhin bénéficient d’un service d’interprètes en langue des signes. Le 27 septembre, pour la Journée mondiale de la surdité, ils témoigneront place des Victoires.

Les deux jeunes femmes parlent vite, à l’aide des mains et à grand renfort d’expressions du visage. Dans le même temps, l’une des deux répète en langue orale le contenu de leur conversation. Vérane Haubtmann et Rachel Scherrer ont l’habitude de travailler ensemble à l’Institut pour déficients sensoriels le Phare d’Illzach (IDS). La première, sourde, est intervenante en langue des signes française (LSF) dans le secteur préélementaire et élémentaire. La seconde a obtenu une maîtrise de sciences et techniques d’interprétation en langue des signes française. Elle travaille dans le service des interprètes du Phare et de l’Association socio-culturelle des sourds aux côtés de Marie-Josée Coutant et d’Élodie Grandmaire. « Cela fait quatre ans que le service a été créé, précise Vérane Haubtmann. Si par exemple je vais à la banque avec une interprète, je comprendrai tout et pas seulement quatre ou cinq mots. Avant, on devait emmener un membre de notre famille avec nous. Pour moi, ce service d’interprètes est extrêmement utile ». Grâce à une subvention du conseil général, les quelque 700 sourds du Haut-Rhin peuvent bénéficier de chèques interprètes et donc d’un service gratuit. « J’assiste à beaucoup de réunions. Quand il y a une réunion d’équipes, je n’arrive pas à suivre… A l’hôpital aussi cela peut être très utile, ou au commissariat. Mais bien sûr quand je vais faire des courses, je n’ai pas besoin d’interprète avec moi ».

Pôles d’intégration

Intervenante depuis onze ans à l’IDS, Vérane Haubtmann essaye « de faire progresser » les enfants sourds ou malentendants dans les pôles d’intégration des écoles primaires d’Illzach. Elle prend aussi les enfants en individuels ou en groupes pour « développer la communication et l’échange », avec aussi un créneau pour les sourds plurihandicapés . Elle-même à appris la langue des signes dans des écoles spécialisées de Strasbourg et de Nancy. « A l’époque, on préconisait beaucoup plus l’oralisation pour les sourds ». Dans sa famille, Vérane Haubtmann communiquait « par codes » même si sa soeur et sa mère ont fait l’effort d’apprendre la langue des signes. Il lui est arrivé de rencontrer des enfants – comme cette petite fille de 4 ans – à qui personne ne parlait. L’intervenante a noué le contact. « Les gens ne savent pas ce que sont les sourds, ajoute le jeune femme qui ne montre pas son appareil auditif. Quand je parle, dans la rue par exemple, j’ai une voix très bizarre et les gens peuvent être effrayés ». Les sourds doivent toujours chercher l’information : point de radio évidemment et la télévision à petite dose. Secrétaire de l’Association socio-culturelle des sourds, l’intervenante avait participé à la pétition pour obtenir des films sous-titrés au Kinépolis, sans succès. Heureusement, il reste le Bel-Air et les DVD. La jeune femme sourit : « Je n’ai pas l’impression de souffrir dans ma vie : je conduis par exemple. Il y a des solutions. Grâce aux interprètes, de plus en plus de sourds pourront avoir le bac et faire des études universitaires j’espère ».

Karine Dautel

Institut pour déficients sensoriels le Phare, service des interprètes LSF, * 03 89 52 13 10.

Source : Dernières Nouvelles d’Alsace – 24/09/2003 à Mulhouse

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