Les Ateliers du Monceau sortent du silence pour un jour

Parmi les « attractions » présentes samedis à Saint-Barthélemy, le Surdimobil donne à comprendre les difficultés quotidiennes des malentendants.

Dans le grand hangar de la zone industrielle de Grâce-Hollogne, seules les machines à découper les planches font du bruit. Personne ne parle, personne ne crie et pourtant il y a du monde. Dans cette partie des Ateliers du Monceau, tous les employés sont sourds. Nous occupons une centaine de personnes en majorité handicapées. 40% sont sourds profonds, 20% malentendants et les autres sont des caractériels, précise le patron, Alain Klinkenberg.

Lui-même entend parfaitement mais est né de parents sourds. Il m’a fallu vingt ans pour les comprendre. Je comprends que c’est difficile d’aborder le monde des sourds. Ce monde s’ouvre au grand public ce samedi 27 septembre à l’occasion de la journée mondiale des sourds. Ardent militant, Alain Klinkenberg y participe et ouvre également les portes des Ateliers. Ils fonctionneront avec une quarantaine d’employés qui vont eux-mêmes expliquer ce qu’ils réalisent, car le but n’est pas de présenter l’entreprise mais de leur donner l’occasion de parler de leur travail.

Comme l’ensemble de la communauté des sourds et malentendants, qui sont environ 800.000 en Belgique, M. Klinkenberg espère ainsi sensibiliser du monde. J’espère que les visiteurs verront qu’il y a des gens heureux de venir travailler et fiers du travail réalisé. C’est une leçon que nous donnent les gens défavorisés. Lui aussi est fier de son entreprise.

L’ensemble du personnel d’encadrement, du contremaître à l’assistante sociale, manie la langue des signes grâce à une formation assurée par la société. C’est une spécificité européenne : l’entreprise est conçue pour les personnes sourdes. On espère toujours faire des émules mais nous sommes la seule entreprise de ce type. Il n’y pas d’entrepreneur disposé à se lancer par manque de marché ou par manque d’envie de faire du social.

Alain Klinkenberg, alors enseignant de mathématiques, a refusé deux fois de diriger ce projet avant d’accepter !

Par ailleurs, depuis sa création en 1985 et le démarrage avec la réparation de palettes, les Ateliers ont multiplié leurs activités tout en restant dans le secteur de la transformation du bois. Ils fabriquent des caisses de toutes les tailles, du parquet et des panneaux antibruit qui bordent les autoroutes ! Aujourd’hui, l’entreprise de travail adapté se targue d’être une entreprise rentable qui vit avec des subsides à hauteur de 30 % du chiffre d’affaires contre 70 % en 1986.

On ne pourrait pas vivre sans subsides reconnaît Alain Klinkenberg. Le personnel de l’entreprise nécessite plus d’aide, plus d’écoute, plus de compréhension. Christel Vangorp explique : je suis assistante sociale mais je fais un peu de tout pour aider le personnel qui à 75 % ne sait ni lire ni écrire. Comme la plupart des sourds. L’instauration d’un enseignement bilingue en français et en langage des signes fait partie des urgentes avancées attendues depuis longtemps déjà par la fédération francophone des sourds en Belgique. Elle figure en tout cas parmi les actions prioritaires retenues par la ministre de l’aide à la jeunesse et de la santé, Nicole Maréchal. Un décret reconnaissant officiellement la langue des signes, qui doit être présenté prochainement au Parlement, donneraient déjà le sentiment aux sourds d’être entendus.

Il faut aussi assurer l’accompagnement des parents d’enfants sourds, ajoute Alain Klinkenberg. Chaque jour, c’est un nouvel enfant qui est concerné, c’est beaucoup.•

Source : Le soir en ligne – 26/09/2003

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