La main des sourds

Dr. Mambo Tétiali (directeur de l’Ecole ivoirienne des sourds) : “Nos élèves souffrent d’un déficit d`information”

Notre Voie : Quel bilan peut-on faire depuis le passage du président Laurent Gbagbo dans votre école ?
Mambo Tétiali : Il faut dire d’abord que nous gardons comme souvenir indélébile le passage du chef de l’Etat dans notre établissement. A cette occasion, le président de la République nous a promis beaucoup de choses. Il a promis un car pour mes enfants. Notre établissement a une situation floue. Parce que nous n’avons pas de statut réel. Nous n’avons pas de budget. Mais une subvention. Le chef de l’Etat nous a promis aussi des médicaments. Vous même vous avez vu qu’après sa visite, le pays a été attaqué. Le bilan est malgré tout positif.

N.V. : Parlons de l’insertion des sourds dans la société. Quelle est votre politique là-dessus ?
M.T. : Les autorités doivent comprendre que les sourds ont des capacités. Nous tenons donc à la formation. Enseigner, pourquoi pas dans toutes les écoles, la langue gestuelle. Que ce soit à l’école normale supérieure, que ce soit dans les grandes écoles, pour que l’Ivoirien, qui voit un sourd dans les rues, ne demande pas un interprète pour communiquer avec lui. Pour l’heure, nous avons besoin de formateurs. Le ministère de tutelle a déjà commencé sur ce plan-là. Nous avons espoir que dans 2 ou 3 ans nous aurons des formateurs de haut niveau. Apprendre par exemple à un policier, à un magistrat l’interprétation parce que nous avons le langage le plus complet, le plus total. Tout Ivoirien doit savoir que le sourd peut aider à tous les niveaux.

N.V. : Avec une seule école et le mode de recrutement compliqué, est-ce que ça garantit la chance à tous les sourds du pays?
M.T. : Je crois qu’on est bien parti. Parmi nos sourds, on n’avait pas de bacheliers. Aujourd’hui, nous avons un étudiant à l’Institut de la jeunesse et des sports (INJS), il est parmi les meilleurs, il vient d’avoir une bourse. Nous allons élargir le cercle pour que ceux que nous allons former relèvent le défi d’ici 4 ou 5 ans. Il ne faut pas recruter les enfants par pitié. Il faut que ça soit une école de formation et d’acquisition du savoir.

N.V. : A défaut d’un budget, comment réussissez-vous à opérer les changements ?
M.T. : Nous avons eu l’accord du président de la République de doter notre école d’un budget. Mais en attendant, nous sollicitons des donateurs que nous remercions au passage. L’ambassade d’Italie nous a aidé à avoir notre menuiserie. Nous avons un projet d’une cordonnerie moderne. Nous demandons donc aux Ivoiriens de manifester leur solidarité à l’endroit des sourds. Egalement pour la réinsertion des sourds, ceux-ci ont besoin d’être informés par la radio et la télévision. Ils n’ont accès qu’à la presse écrite. Ils ont souffert de la guerre. Il faut qu’on permette à la télévision d’avoir des interprètes pour commenter les informations pour nos enfants. Nos remerciements vont à l’association des parents d’élèves. Il faut de plus en plus que les parents comprennent qu’un sourd n’est pas un meuble. C’est aux parents d’éviter de les choquer ou de les bastonner. Ils doivent aider les sourds à réussir.

Source : Abidjan.net

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