Info

0

Hamdi Madkour, 24 ans, reconnaît de nouveau avoir tué Dominique Gasse, une jeune fille sourde de 21 ans, dont il a ensuite brûlé le corps, le 23 mars 2001, à Bordeaux

Lorsque la présidente Mme Bowie a demandé, hier, à Hamdi Madkour, 24 ans, s’il reconnaissait les faits qui lui sont reprochés, ce jeune accusé a répondu : « Oui, je le regrette, je le regrette. »
Ce jeune homme sourd reconnaît donc de nouveau avoir tué Dominique Gasse, une jeune fille sourde de 21 ans, dans son appartement de la résidence Debussy à Bordeaux, dans la nuit du jeudi 22 au vendredi 23 mars 2001.
Il avait déjà passé des aveux, quelques jours après le drame, au moment de son arrestation à Paris. Il s’était cependant rétracté quelques mois après, en cours d’instruction, accusant notamment l’ami avec lequel il avait passé ces quelques jours à Bordeaux.

Surdité. Sourd depuis une méningite à l’âge de 3 ans, Hamdi Madkour ne s’exprime qu’en langue des signes et deux interprètes traduisent en continu l’ensemble des débats. Les images sont retransmises sur les trois écransants de la cour d’assises.
« Ma vie n’est faite que de souffrances », se plaint ce jeune Marocain, envoyé en France pour se faire soigner sans jamais revoir ses parents, élevé en région parisienne par un oncle et une tante qui « l’excluaient de la famille », puis scolarisé dans un institut spécialisé à Asnières où « seulement 5 % des éducateurs parlaient la langue des signes ». Il rêvait d’être footballeur mais s’est retrouvé apprenti en pâtisserie. Il a été renvoyé avant le CAP.
Selon ses enseignants, cet « enfant débordant de vie avait deux visages », d’un côté, un garçon « souriant, attachant et charmeur », de l’autre, une « tête à claques », un jeune homme « capable du pire comme du meilleur ». S’il souffre de sa surdité et d’une « absence de communication », il s’en sert également. Lorsque les questions le gênent ou l’agacent, pour toute réponse, il répète inlassablement : « Je suis sourd, je suis sourd, je suis sourd. »
En 1996, il a commencé à se marginaliser, vivant dans la rue ou chez des amis. Le 20 mars 2001, il a débarqué à Bordeaux avec un ami sourd, Mourad Sadmi, et s’est installé chez un autre sourd, Damien Boyenard, résidence Debussy. Le soir du 21 mars, ils ont invité des amis à « boire un verre », dont Dominique Gasse, une jeune fille sourde, originaire de Paris, scolarisée au Cesda, qui habitait l’appartement voisin.

Des appels au secours. Devant les assises, Hamdi Madkour reconnaît donc avoir raccompagné Dominique chez elle. De manière parfois confuse, il évoque une relation sexuelle, la réaction de la jeune fille qui voulait le mettre à la porte et aurait pris « un ou deux petits couteaux » pour le menacer, puis une dispute et le couteau qu’il aurait lui-même saisi et avec lequel il se souvient vaguement avoir porté deux ou trois coups. Le médecin légiste détaillera, ce matin, la trentaine de plaies, dont plusieurs mortelles.
« C’est arrivé comme ça, c’est accidentel », prétend l’accusé, sans convaincre la grand-mère de Dominique, partie civile, assistée par Me Benoît Ducos-Ader. Plus tard dans la nuit, il a traîné le corps dans l’escalier descendant au parking et y a mis le feu.
« Dominique était gentille et douce. Elle n’invitait pas facilement quelqu’un chez elle », témoigne son amie Sylvanie. Geoffroy doute également qu’elle ait pu agresser quelqu’un avec un couteau : « Elle était trop faible et trop gentille. »
Plusieurs voisins ont très clairement entendu des coups violents et même appeler « au secours ». Ils ont pensé à la « dispute » d’un couple et l’un d’eux a même composé le numéro de la police. Puis ils ont frappé fort à la porte de l’appartement. Sans réponse. Lorsqu’ils ont vu la poignée tourner, comme si on fermait la porte pour rester tranquille, chacun est rentré chez soi.
Avant même d’apprendre la mort de Dominique, Mourad Sadmi a pensé que Hamdi avait pu la violer. « Je lui ai dit d’avouer », assure ce jeune qui « souffre depuis deux ans d’avoir été soupçonné de complicité ».
En prison où il ne reçoit aucune visite et ne parle à personne, Hamdi Madkour souffre également de sa surdité : « Je suis doublement isolé. »
Le procès se poursuit aujourd’hui et demain.

Écrire un commentaire

Please enter your comment!
Please enter your name here

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.