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Hauts de Seine Habitat

Parler avec les mains

Le Centre de promotion des personnes sourdes organise depuis six ans des cours de langue des signes pour adultes entendants et sourds

De gauche à droite : le professeur, Stéphane Maillard-Depez, l’interprète, Christina Potier et le responsable, Christian Deck

Vendredi dernier, 18 heures, les six nouveaux apprentis en Langue des signes française (LSF) entrent dans le Centre de promotion des personnes sourdes (CPPS). Première règle : le silence, car pour appréhender le milieu sourd, les élèves se doivent d’évoluer dans un mutisme complet. L’unique professeur de LSF, Stéphane Maillard-Depez, est lui-même sourd. Il accueille chaleureusement celles qui ont choisi de découvrir ce langage gestuel : un groupe exclusivement féminin, un peu timide devant leur professeur. Autant admiratives que captivées, elles vont apprendre, durant la séance, leurs premiers mots : « Bonjour, ça va ? » et « Bonne année 2003. » Au total, soixante heures de cours se répartissent dans l’année pour des tarifs qui varient de 250 à 500 euros, selon les conditions de vie.

Raisons multiples. Pourquoi s’initier à la Langue des signes ? Eh bien, les raisons sont multiples. Sophie et Valérie travaillent à la seule école de la région qui accueille des déficients auditifs : l’école maternelle des Arènes, à Bayonne. Respectivement institutrice et aide-maternelle, elles déclarent sans équivoque : « Nous ne connaissons pas le milieu de la surdité alors que nous voyons tous les jours des enfants sourds. Nous espérons pouvoir mieux communiquer avec les petits et, ainsi, faciliter notre travail quotidien. » Professionnelle aussi, une autre élève exprime son désir d’obtenir son diplôme d’éducatrice qu’elle pourra cumuler avec celui de Langue des signes. En parallèle, certains apprennent la LSF pour des raisons privées. Le responsable du Centre, Christian Deck, évoque à ce sujet la famille et en particulier les parents d’enfants sourds. Mieux communiquer entraîne une meilleure entente au sein du foyer. Dans le cadre d’une insertion professionnelle, certains sourds apprennent la LSF. Ils sont néanmoins de plus en plus rares grâce à une scolarité mieux adaptée. Reste le plaisir de découvrir une nouvelle forme de langage, alliant les mouvements des mains aux expressions très marquées du visage.

Une culture propre. Le prof, Stéphane Maillard-Depez accepte grâce à l’interprète du centre, Christine Potier, de répondre aux questions. « Je refuse de m’enfermer dans la communauté sourde », dit-il. Une affirmation qui le caractérise bien. A 34 ans, il s’estime heureux de côtoyer les deux mondes, celui des entendants et celui des non entendants. « Beaucoup de gens ont des idées préconçues sur nous. Nous voulons être intégrés avec notre propre culture. » Un message que Stéphane va essayer de transmettre à ses élèves. Et de rajouter : « Tout le monde peut suivre cette formation, certains sont même devenus interprètes, en continuant de suivre des cours à Paris. »
Même si la langue des signes n’est pas officiellement reconnue, elle constitue le meilleur moyen de rencontrer la culture sourde.

Source : Sud-ouest – 15/01/2003

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