Le portail d'information sur les sourds et langue des signes
Hauts de Seine Habitat

L’école pour les sourds, une institution oubliée

L’école ivoirienne pour les sourds (ECIS). C’est à Yopougon, non loin de “ Gabriel gare ”. Nous y étions récemment. Ce qui frappe d’emblée dans cette école, ce sont les murs fraîchement repeints. Ce qui cache ses 29 ans d’existence. Avec une certaine fierté, l’actuel directeur, Mambo Tétiali, docteur en neuropsychologie, précise que c’est une école particulière : “Ici, c’est la communication totale, c’est-à-dire l’enseignement oral et gestuel, la démutisation, la dactylographie, les gestes conventionnels ”, fait-il remarquer.
Cette année, l’effectif global de l’école (du CP1 au CM2) avoisine la centaine. A côté des anciens élèves, il y a six (6) qui sont venus de Korhogo et de Bouaké pour raison de crise. Ce sont des déplacés de guerre : “Nous les acceptons parce que nous ne voulons pas que les enfants sourds deviennent des meubles à la maison ”, indique M. Mambo.
Les enfants du primaire suivent la formation gestuelle. Au niveau des collégiens, il est instauré un système appelé “ les amis des sourds ” dans les lycées et collèges. Les sourds copient sur leurs amis normaux et, une fois revenus à l’ECIS, ils se font expliquer les cours par leurs professeurs. L’un d’eux, N’Zi Kouakou, se dit très content de “ ses enfants ”. “ Malgré leur handicap de surdité, ils sont parmi les meilleurs ”, dit-il. Cette année, il est bon de le souligner, l’école ivoirienne pour les sourds présentera quatre (4) candidats au baccalauréat séries D et A, et un (1) seul au BEPC. L’école ivoirienne pour les sourds a le statut d’institution spécialisée du ministère des Affaires sociales. Mais elle a le même programme que les autres écoles. Ici, les recrutements se font par la commission nationale au ministère de tutelle. Laquelle commission statue sur les dossiers qui lui sont soumis. Les garçons portent le kaki. Et les filles, les robes à carreaux. Il y a un internat d’une capacité d’accueil de 60 personnes. 24 filles et 42 garçons. L’école reçoit aussi un autre groupe de sourds. Des analphabètes qui ont au moins 10 ans qui viennent apprendre à lire et à écrire. Ils y apprennent également la couture, la menuiserie, etc. Dans le cadre de notre reportage, nous avons visité quelques salles de classe. L’ambiance est folle. A la vue du reporter-photographe, les enfants se bousculent. Chacun veut se mettre au premier plan pour être bien vu sur la photo.
Le directeur pédagogique, Achy Marc, leur demande de se taire, d’être disciplinés. Gestuellement, bien entendu. Un tour dans une salle, le maître, Odio Bizan Michel, parle à ses élèves : “ voici un exercice au tableau. Nous allons souligner les verbes ”, a-t-il dit. Aussitôt, les doigts se lèvent. Le maître ne sait vraiment pas qui interroger le premier. C’était formidable. Ces enfants sourds sont merveilleux. Que représentent-ils pour le directeur Mambo Tétiali ? “ J’ai le sentiment d’être leur père. Je pense à leur réussite. Mon souci majeur : voir les anciens pensionnaires occuper des postes de responsabilité ”, a-t-il lancé. Avant de préciser : “ Je ne veux pas que l’Ivoirien sourd tende la main dans la rue. Nous leur donnons toute une éducation dans laquelle je joue le rôle de psychologue ”, clame-t-il. Créée pour promouvoir l’éducation et l’enseignement des handicapés auditifs, cette école qui a ouvert véritablement ses portes avec au départ trois (3) élèves aurait dû, aujourd’hui, susciter pitié… et soutien. Mais, hélas ! L’ECIS semble être abandonnée. Son directeur Tétiali est catégorique : “ l’école ivoirienne pour les sourds est une institution oubliée ”, dit-il. Et d’ajouter : “ L’école avait, peu avant le déclenchement de la guerre militaro-politique, reçu la visite du Président de la République S.E.M. Gbagbo Laurent qui avait promis de la prendre en charge. Il avait souhaité que l’école des sourds ait le statut des grandes écoles, c’est-à-dire dotée d’un budget, d’une voiture de liaison, d’un car de ramassage… Mais, malheureusement, cette guerre a tout mis à l’eau ”, a-t-il indiqué. Aujourd’hui, l’école ivoirienne pour les sourds est prise dans des difficultés dont elle ne parvient pas à se dépêtrer. “ Jusqu’à ce jour, nous n’avons pas encore reçu notre subvention _ 12 millions/an _ de la part de l’Etat ”, a révélé le directeur. Selon lui, les demandes d’aides adressées aux personnalités sont toujours restées sans suite favorable. Conséquence : l’école manque de matelas, de nourriture, de véhicule de liaison pour l’évacuation des élèves malades ou pour leur transport pendant les sorties récréatives… et de médicaments de première nécessité. L’école ivoirienne pour les sourds, unique structure en Côte d’Ivoire pour l’éducation et la socialisation des handicapés auditifs confrontée à de nombreuses demandes mérite-t-elle un tel sort ? Simple question.

EMMANUEL KOUASSI
Source : http://www.fratmat.co.ci – 12/03/2003

Laisser un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.