La main des sourds

Le monde du silence mis en images

Ode Cacheux expose jusqu’au 13 février les planches de sa première bande dessinée, au service de l’éducation citoyenne

Pas évident de vivre avec cette différence qu’est la surdité ! Une lumière clignotante pour vous indiquer que l’on sonne chez vous, un réveil muni d’un vibreur pour sortir du lit le matin… Et chez le médecin, comment fait-on pour expliquer son souci de santé ? Et un bébé qui pleure ? Autant d’exemples qui laissent souvent pantois les étrangers au monde du silence, qui n’ont pas à se poser ce genre de questions.
Ode Cacheux, jeune dessinatrice diplômée des Beaux-Arts de Tournai, en Belgique, s’est penchée, elle, sur le sujet. Mais pas toute seule. Stéphane Quoniam, étudiant naguère (il n’a que 29 ans) en licence des sciences du langage avec option langue des signes française, et donc spécialiste de cette langue des signes, l’a rejointe, un peu par hasard. « En fait, explique la jeune femme, l’idée est venue d’un projet né à Tournai. Un essai en BD nous avait été demandé, et comme je connaissais un élève de cette école qui vivait cette différence au quotidien, l’idée a germé d’elle-même. D’où la présentation de quatre planches sur ce thème. Exposées dans la foulée, elles plurent beaucoup au public de sourds. Un public qui m’encouragea chaudement à poursuivre mon travail dans cette direction. »

Un monde méconnu

L’idée fit son chemin, « et j’ai cogité tout cela », poursuit-elle. Début 2001, la Villeneuvoise lance une demande de subvention au Conseil régional, par le biais de son « défi jeunes ». « Avec un but professionnel derrière la tête, ajoute Ode. L’idée était de faire une bande dessinée destinée à un public sourd et entendant. Souvent, les deux milieux ne se mélangent pas. Une BD réalisée par un sourd est diffusée chez les sourds. Je ne voulais pas de ça. D’où cette volonté d’auto-édition et d’auto-diffusion. »
Toujours est-il que notre dessinatrice souhaita dès lors s’immiscer dans un monde méconnu. A la mairie de Lille, c’est tout naturellement qu’au forum des associations, en septembre 2001, on la mit en relation avec Stéphane Quoniam, fraîchement embauché comme interprète en langue des signes.

Echange fructueux

Ce fut sa première véritable immersion dans le monde du silence. Une réussite, si on en juge par sa motivation. Pour mener à bien son projet, elle s’initia même à ce langage fait de gestes et de mimiques. Un échange fructueux s’engagea entre les deux personnages, tout deux créant alors l’association Silence et vies, comme pour mieux ancrer ce projet de bande dessinée. A l’arrivée, six mois plus tard, naît Silence et vies, la BD qui met en scène différentes petites histoires courantes arrivées aux sourds. Des faits réels !
« On souhaitait absolument que l’album sorte en 2003, l’année du handicap », explique le jeune homme. « C’est fait, sourit sa comparse, mais ce ne fut pas facile. Il faut compter en général environ un an pour une bande dessinée. Une chose est sûre, on aimerait bien poursuivre cette aventure, car on a plein d’autres anecdotes de ce type. »
En attendant, notre dessinatrice expose ses planches au centre de culture et d’animation de La Madeleine.

– Exposition « Silence et Vies », au centre de culture et d’animation de La Madeleine, 35, rue Saint-Joseph, jusqu’au 13 février, du lundi au vendredi de 9 h à 12 h et de 14 h à 19 h, le samedi de 14 h à 17 h.

– L’album (10 €) est disponible sur commande auprès de l’association Silence et vie, 22/21, rue de Seclin, 59 000 Lille. Pour plus de renseignements, 03 20 91 45 24 (tel/fax) ou 06 63 60 70 97
silenceetvies.asso@laposte.net

Source : La Voix du Nord – 31/01/2003 à Lille

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