“Nous sommes faits pour nous entendre”

Agé de 30 ans, Christophe Bigot est le nouvel animateur de langue des signes française de l’Amicale des Sourds du Havre et de la Région depuis octobre dernier. Son rêve : réunir les sourds et les entendants. Car, indépendamment d’une certaine amélioration en matière de communication entre les uns et les autres, et d’accès aux droits les plus élémentaires, les sourds continuent souvent d’être mis sur la touche.

Sourd profond, Christophe Bigot n’en est pas moins généreux en matière d’échange. Ses mots, ce sont ses mains qui les prononcent. Et si Christophe semble boire vos paroles au sens propre du terme, c’est uniquement parce qu’il trouve dans chaque frémissement de lèvres – que tout interlocuteur avisé s’appliquera à appuyer pour lui faciliter la tâche -, des réponses à ses nombreuses questions.

Pourtant, aujourd’hui, les sourds sont encore victimes de nombreux préjugés ; ceux des entendants, bien sûr, qui poussent même l’hypocrisie jusqu’à parler de “mal-entendants” pour moins heurter leur propre sensibilité ! Ainsi, pourquoi dit-on “sourd-muet” alors que la majeure partie des sourds ne sont guère privés de parole ? Par méconnaissance et manque de curiosité le plus souvent.
En effet, 99% des sourds pratiquent la Langue des signes française (LSF) accompagnée d’oralisme. Une technique sophistiquée, basée sur les vibrations et le souffle, qui permet de parler aussi sûrement et simplement que toute personne dite “normale”. Alors, confinés dans un monde de silence, les sourds ? Oui, quand on les y oublie…
Chose à laquelle Christophe Bigot n’a jamais pu se résoudre. Après avoir passé son CAP et son BEP – quand quasiment rien dans le système scolaire classique n’est prévu pour les personnes atteintes de surdité, et quand, notamment, l’accès à l’écrit s’avère un véritable parcours du combattant -, il est devenu cuisinier. Un métier qui le passionne et qu’il cumule dorénavant avec huit heures hebdomadaires d’enseignement de LSF. “Pour 38 élèves, explique-t-il, parmi lesquels 34 entendants qui se destinent à des carrières de formateurs, d’éducateurs, et de professeurs spécialisés, ainsi que d’autres personnes en contact personnel ou professionnel avec des sourds”.

Très peu de moyens

Inventée par l’abbé de l’Épée, et jadis considérée comme la langue du Diable, la langue des signes, loin de n’être qu’un ersatz de langage, comporte son lot de subtilités, de difficultés, de poésie et d’harmonie.
N’étant toujours pas standardisée, elle peut différer selon les villes et les régions en autant “d’accents” qui font à la fois office d’enrichissement et d’obstacle. “Le cursus moyen pour une bonne maîtrise de la LSF est d’environ quatre ans de pratique”, précise Christophe Bigot.
L’Amicale des Sourds du Havre et de la Région peut se targuer d’être dynamique et volontariste, de nombreuses difficultés perturbent néanmoins son quotidien. “Nous devons faire face à la demande avec très peu de moyens, explique en substance Christophe Bigot.
Car, avec moins de 15 000 F de subventions par an en provenance de différentes structures, dont la Ville du Havre (4 500 F), il parait difficile de renouer le dialogue entre la communauté des sourds et celle des entendants ; toutes deux pourtant animées du même désir et, surtout, du même droit à l’échange, à la communication, à la vie et à la liberté

Source : Le Havre Océanes – Le Havre

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