La main des sourds

Mieux vivre sa surdité

Chaque semaine depuis quatre ans, l’association Sourmédia assure des permanences à la mairie, à destination des adultes sourds. Objectif : les aider dans tous les aspects du quotidien.

Il faut qu’une grande confiance s’installe entre la personne sourde et le professionnel de l’association Sourmédia. Car c’est une partie de sa vie que le sourd confie…

NE PAS réussir à expliquer au médecin où l’on a mal, ne pas comprendre ce que l’instituteur dit de son enfant, ne pas pouvoir demander son chemin… Cela semble difficile à imaginer. C’est pourtant le quotidien des personnes sourdes qui ne parviennent pas à communiquer comme elles le souhaiteraient.
L’association Sourmédia, dont le siège se trouve à Lille, tente d’aider la communauté des sourds à être un peu plus autonome. Elle est très présente à Tourcoing par le biais d’une permanence tous les mardis, entre 9 h et 12 h, assurée par une professionnelle du département accompagnement social et aide à la communication de Sourmédia. Une professionnelle maîtrisant la langue des signes, comme tous les salariés de l’association.
Mardi matin, c’est Carole Tavernier qui recevait les Tourquennois frappés de surdité. « Ici, nous les aidons à remplir une déclaration de revenus, nous leur expliquons un courrier qu’ils ont reçu de la CAF ou d’un avocat lorsqu’ils sont dans une procédure de divorce, énumère la jeune femme.
Nous leur expliquons aussi parfois les conditions d’abonnement à Canal + ou au satellite, nous passons des coups de fil pour eux, etc. »
Quel que soit le sujet de l’entretien, il reste confidentiel et Carole Tavernier, comme ses collègues – avec qui elle partage la permanence tourquennoise –, est tenue au secret professionnel.
Car la teneur des échanges est parfois très personnelle. Par nécessité, la personne sourde fait entrer quelqu’un dans sa vie. « Mais nous ne prenons pas de décision à leur place, nous ne gérons pas leur vie, nous ne sommes ni tuteur, ni curateur, insiste Carole Tavernier. Nous traduisons en langue des signes, simplement. Si la personne sourde nous demande un conseil, nous l’aidons à se poser les questions qui l’aident à voir le pour et le contre. »
« On nous dit parfois qu’on exagère avec notre obsession de la confidentialité, mais c’est notre déontologie, confie Laurence Dudek, directrice de Sourmédia. Il faut savoir qu’il y a cinq ans ou dix ans, pour les sourds, c’était le Moyen Age. Ils n’avaient aucun moyen d’être véritablement autonomes. Ils étaient souvent sous la tutelle de leur parents ou de leur enfant entendant. » Il arrivait qu’un enfant de 10 ans appelle le banquier pour ses parents ou joue l’interprète, comme il le pouvait, auprès d’un médecin… Une situation que Sourmédia combat. « Cela ne doit plus jamais arriver. Nous sommes là pour ça », affirme Carole Tavernier. Aujourd’hui, ce sont les professionnels de Sourmédia qui se rendent à la banque avec la personne sourde, ou qui traduisent les propos de la directrice d’école aux parents. « Un jour, nous avons accompagné une femme sourde chez la gynécologue, raconte-t-elle. Le médecin était ravi de pouvoir enfin expliquer à la future mère comment se déroulait la grossesse. Nous aimerions que les professionnels connaissent un peu mieux notre service, même si le bouche-à-oreille nous a beaucoup aidés. »
Quatre ans après sa création, avec des fonds importants du conseil général (il subventionne aujourd’hui encore 95 % de l’activité de l’association), Sourmédia intervient, pour Tourcoing, au centre hospitalier Dron, au tribunal d’instance, aux Prud’hommes, au commissariat, au centre communal d’action sociale (CCAS), à la mairie, mais aussi dans les établissements scolaires. Partout où les sourds sont confrontés à des problèmes de communication ou de compréhension. « Ils ne peuvent pas tout écrire, ce serait trop long, note Carole Tavernier. Mais c’est vrai qu’aujourd’hui, avec le fax ou internet, certains se débrouillent un peu mieux. Pour un entretien délicat, en revanche, notre présence en tant que traducteur neutre est indispensable. » A la permanence, l’association reçoit aussi des « devenus sourds » ou des malentendants qu’elle aide dans leur dossier de reconnaissance COTOREP (commission technique d’orientation et de reclassement professionnel), par exemple. « La tâche est immense, il y a un tel besoin. »
Sourmédia possède également un département pluri-handicap (pour les personnes sourdes non autonomes, soufrant d’une déficience associée), un département psychologie (deux psychologues maîtrisant la langue des signes) et un nouveau pôle de prévention et d’accès aux soins de santé mentale. Des services qui ne représentent pas qu’un travail de traduction en langue des signes, mais un accompagnement social fort. Les 15 salariés de l’association voient entre 350 et 400 personnes sourdes par an, dont 90 % sont de Lille, Roubaix et Tourcoing. La communauté sourde potentiellement concernée par Sourmédia est de 2 000 personnes.

Permanences à Tourcoing de Sourmédia, le mardi, de 9 h à 12 h (le lundi, sur rendez-vous). Elle assure aussi des permanences à la mairie et à la CAF de Roubaix.
Rens. au 03 20 17 16 10.

Source : La Voix du Nord – 07/01/2003 à Roubaix

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