La main des sourds

Un soutien pour les sourds et mal entendants

Difficile d’étudier, de travailler et de faire des démarches administratives quand on est frappé de surdité. A Saint-Quentin et dans l’Aisne, l’URAPEDA se révèle d’une aide précieuse.

Cathy Galhaut a appris le langage des signes pour pouvoir aider les personnes atteintes de surdité dans leur parcours professionnel.

Il y a quelques jours, Cathy Galhaut se trouvait dans l’enceinte du tribunal correctionnel. Elle assistait un prévenu, atteint de surdité, qui devait s’expliquer devant le juge. Lundi, elle était dans une auto-école pour assister un autre sourd qui prenait des leçons de code de la route. Ensuite elle a aidé une autre personne, pour passe un entretien d’embauche. Le lendemain, elle se trouvait dans un centre de formation, toujours pour assister une personne malentendante.
« A l’origine j’enseignais le Français, explique Cathy Galhaut. Puis j’ai eu une personne sourde dans un de mes cours et je me suis rendu compte combien il est difficile pour les gens atteints de surdité, de communiquer avec les autres. J’ai essayé de trouver quelqu’un pour traduire ce que je disais en cours et je ne l’ai pas trouvée. Ça m’a énervé… »
Traduire et aider
C’est ainsi que Cathy Galhaut a décidé d’apprendre le langage des signes, tout simplement par curiosité et pour pouvoir communiquer avec son élève.
C’est ce savoir qui lui a permis d’intégrer ensuite les rangs de l’URAPEDA, à Saint-Quentin. L’URAPEDA, c’est l’Union régionale des associations de parents d’enfants déficients auditifs.Cette association est chargée d’apporter de l’aide à toute personne atteinte de surdité, à la condition qu’elle soit pris en charge par la COTOREP qu’elle travaille ou qu’elle soit dans un cycle d’étude. Cette association est financée dans sa plus grande partie par les fonds que les entreprises versent lorsqu’ils n’embauchent pas d’handicapés.
De son bureau à l’espace Henri-Matisse, Cathy Galhaut s’occupe, pour l’URAPEDA, de toute la zone du nord du département jusqu’à Laon. Autant dire qu’elle ne chôme pas. « Pour l’instant, j’ai une quarantaine de dossiers ouverts, explique-t-elle. Mais j’ai encore une centaine de sourds et malentendants qui n’ont pas besoin de mes services maintenant… »
Les services en question sont vastes. Il s’agit, pour être exhaustif, d’assister les sourds et malentendants dans leurs démarches. Car le monde d’un déficient auditif, vu de l’extérieur peut paraître effrayant. Comment peut-il expliquer à un fonctionnaire qu’il veut faire changer sa carte grise, qu’il doit changer de caisse d’allocation familiale, pour cause de déménagement ? Comment peut-il s’exprimer dans le cadre d’un entretien d’embauche face à quelqu’un qui ne comprend pas le langage de signes ? Il faut bien un traducteur, et c’est exactement le rôle de Cathy Galhaut.
Quant au langage des signes, c’est une vrai langue et non pas un simple système de traduction. A chaque mot correspond un signe et chaque fois qu’il y a un mot nouveau dans le vocabulaire courant, on rajoute un signe. Le langage des signes possède sa syntaxe propre qui n’a rien à voir avec la grammaire française.
« Un sourd profond ne peut comprendre le français parce qu’il ne l’a jamais entendu, explique Cathy Galhaut. Pour eux chaque information de la vie quotidienne, c’est une image, le monde pour eux, par obligation, c’est très concret. Un sourd ne peut comprendre une métaphore par exemple et c’est pour cela que le langage des signes est quelque chose à part. »
De même, le quotidien d’un déficient auditif n’a rien de reposant. Il est au contraire très stressant, car la surdité oblige à être aux aguets en permanence, de rester concentré au maximum, ce qui fait que souvent, en fin de journée un sourd est sujet à l’énervement, à une très lourde fatigue et aussi à une énorme frustration : celle de ne pouvoir être compris et celle de n’avoir jamais l’ensemble des informations… « Un sourd qui regarde un fait divers à la télévision ne peut pas savoir où les faits se sont passés. Cela contribue à l’angoisse qui est toujours perceptible chez les sourds : il leur manque toujours une donnée du problème et ils le savent. »
A travers les mailles
Il y a encore plus préoccupant : beaucoup de sourds ne savent pas que l’URAPEDA existe. Cathy Galhaut en est persuadée : beaucoup de sourds et malentendants passent à travers les mailles du filet parce que justement leur handicap les isole du monde et de ses informations.
« L’URAPEDA leur simplifie la vie, leur permet de communiquer mais encore faut-il qu’ils le sachent. Les sourds profonds sont scolarisés en internat – pour la région Nord, c’est Arras – mais une fois leur scolarité terminée, ils sont lâchés dans la nature, alors que pour eux le plus difficile reste à faire : trouver un emploi. C’est pourtant là qu’ils ont besoin de se faire comprendre à l’aide de quelqu’un qui parle le langage des signes. Or, il n’y a pas d’excellentes passerelles entre les écoles fréquentées par les personnes atteintes de surdité et les services de l’URAPEDA. Nous avons le plus grand mal à les récupérer, au moment où ils ont besoin d’une aide. »
URAPEDA : espace Henri-Matisse à Saint-Quentin.
Tel et fax 03 23 08 91 90.

24/10/2002

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