La main des sourds

Le jardinier sourd est licencié pour violence

MICHAËL DIJOUX, 28 ans, est sourd. Jusqu’à la mi-août, il était jardinier à la mairie d’Aulnay-sous-Bois. Il y travaillait depuis sept ans. Mais, début juin, sa vie a basculé. Victime de l’ostracisme de ses collègues de travail
depuis plusieurs mois, il a craqué en frappant son chef d’équipe. Conseil de discipline, révocation Michaël est aujourd’hui au chômage, défendu par la seule section FO des communaux d’Aulnay qui dénonce un cas de discrimination. Qualifié de « bon élément » par ses supérieurs de 1997 à 1999, Michaël fait l’objet d’une pétition en octobre 2001 : ses collègues le trouvent « agressif », « indifférent » et « trop souvent absent » et s’engagent à « refuser tout contact avec lui désormais ». Mis en quarantaine, le jardinier sourd se mure dans son silence. « Lors d’une réunion de service il y a quelques mois, j’avais remarqué Michaël, nargué par ses collègues qui l’insultaient et le prenaient pour un demeuré », raconte Gérard Dizazzo, secrétaire du syndicat FO des communaux d’Aulnay. Le 6 juin, une sombre histoire de partage des restes de fleurs destinées à orner les massifs de la commune dégénère en rixe avec son chef d’équipe. Le coup de poing que Michaël donne à son collègue coûtera à ce dernier six jours d’arrêt de travail. Le jeune sourd reconnaît les faits mais nie avoir provoqué cette bagarre. En l’absence d’interprète en langue des signes, le conseil de discipline du personnel communal propose de le suspendre quatre mois durant. Un avis consultatif que ne suivra pas le maire d’Aulnay qui décide de révoquer le handicapé le 16 août. Pour la municipalité qui s’estime « exemplaire en matière d’intégration des handicapés », remettre en cause le licenciement de Michaël Dijoux est « un mauvais procès ». « On ne veut pas le reprendre, c’est un individu indéfendable, violent, et qui, par ses absences répétées, désorganise les équipes de jardiniers », justifie la directrice générale des services municipaux. Quant à la pétition, elle illustre « la peur ». Le cas de Michaël est loin d’être isolé. Des employés sourds, laissés de côté et poussés à bout, Anne-Sarah Kertudo, juriste, en rencontre fréquemment dans la seule permanence juridique en France pour sourds, située à la mairie du IX e arrondissement de Paris. « Dans bien des cas, des entreprises se retrouvent avec un salarié sourd sans savoir comment l’intégrer. En cas de désaccord, on ne fait rien, on laisse le quotidien se pourrir et puis, un jour, cela explose », remarque la juriste. « Bien des sociétés pensent que les subventions inhérentes à l’embauche d’un handicapé sont un cadeau, alors qu’en fait cet argent a une utilité. Comment, par exemple, payer un interprète en cas de litige, c’est la loi qui l’exige ! »

Source : http://www.leparisien.fr © 12 Septembre 2002 à Paris

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