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Ouvrir ses yeux pour entendre mieux

Une nouvelle langue est enseignée à Sarreguemines. Le mercredi, des formateurs de l’Institut national des jeunes sourds de Metz initient des entendants et des malentendants à la langue des signes. Une ouverture au monde du silence. Une nouvelle approche de l’observation.

Le mercredi soir, dans les locaux du 17a de la Poincaré, se déroulent de drôles de cours. D’étranges gestes et des fous rires animent d’étonnants élèves. Ils viennent de tous les horizons: professionnels de la santé, du social ou du tourisme, particuliers, anonymes… Tous ont la même motivation: s’approprier le langage des sourds en s’initiant à la langue des signes. Même si la plupart d’entre eux a l’usage de la parole. Il y a une semaine, le premier cours assuré par l’Institut national des jeunes sourds de Metz (INJS) s’est tenu dans les salles du CCAS (Centre communal d’action et sociale) de Sarreguemines. Autour de Manuel Leitao, formateur, les élèves apprennent à s’ouvrir au monde des sourds, à appréhender une langue étrangère. “Au départ, les élèves apprennent à travailler le corps, explique Véronique Gambino, organisatrice des cours de l’INJS, il faut prendre conscience qu’on communique avec le corps, c’est le principe de la mimo-gestuelle. Et au fur et à mesure, ils devront utiliser les signes de la langue.>

La première séance, les élèves sont préparés à la découverte du monde des sourds, du monde du silence. Etre visuel devient alors “une ouverture au sens propre comme au sens figuré>, indique Manuel Leitao. Observer, être attentif, prendre conscience de soi, des autres et de la surdité. “Au début, la difficulté des malentendants est de devoir communiquer avec son corps. Il représente un frein puisqu’il ne s’agit pas de notre outil de référence>, traduit Véronique Gambino. L’approche du nouvel outil se fait alors comme toute autre langue étrangère: “Traduire sa pensée dans la nouvelle langue et non traduire le français en signes.>

Oublier ses références
Pour ce premier mercredi, les apprentis se sont définis par un signe. Aux autres de nommer son voisin. A partir de ce que dégage la personnalité ou le physique. Plus tard, ils s’approprieront le lexique, et surtout la syntaxe de la langue des signes. “On apprend également l’alphabet, mais il n’est quasiment jamais utilisé>, précise Véronique Gambino. Pour les débuts dans l’univers des malentendants, les élèves ont appris à s’interpeller: “bonjour”, “ça va?”, “tu viens”… Et là, pas question de laisser paraître sa susceptibilité. Les sourds-muets sont plus expressifs, les sollicitations parfois plus rudes. Il ne s’agit pas d’agressivité. Mais de ce que l’on pourrait appeler la “tonalité” des gestes.

Pour Gérard, un des participants, “on peut tous un jour ou l’autre être confronté à ce cas de figure. Le frère de mon futur gendre est sourd-muet comme son épouse. Quand on les voit, ils parlent leur langage et on est bloqué parce qu’on ne peut pas communiquer. Par l’habitude, on arrive à les comprendre…> Mais beaucoup de choses échappent à la conversation. Gérard a choisi de s’engager même s’il reconnaît ses difficultés. “Ce n’est pas évident. On a chacun une façon de s’exprimer avec le geste. Certains le font d’ailleurs plus que d’autres. Mais la langue des signes n’a plus rien à voir avec nos gestes. Il faut donc quitter sa gestuelle et l’adapter.” Un programme sur deux ans.

Source : http://www.republicain-lorrain.fr – 30/10/2002 à Sarreguemines

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