La main des sourds

La langue des signes dans le texte et sur internet

COMMUNICATION : L’ambitieux « Web sourd » expérimenté sur les lignes haut débit de Toulouse

Les mains et le corps de Jacques Sangla s’agitent. L’initiateur du projet « Web sourd » s’exprime avec la langue des signes française (LSF). A ses côtés, le traducteur sait restituer l’émotion qui traverse l’homme privé d’élocution: « Utiliser ce site et ces logiciels crée une ouverture incroyable. Cela fait un sacré choc. Soudain, la LSF, notre langue d’usage, devient LA langue! La LSF n’est pas un ghetto mais plus que jamais une langue d’intégration. »

Sur l’écran, le texte, selon son importance, peut être traduit soit en vidéo signante soit en gifs signants. On n’est pas loin du concept de la web télé.

L’accent mis sur la communication visuelle et la simplicité de navigation sont autant d’atouts à ce projet encouragé dès le départ par Guy Ascouet, le secrétaire d’Etat à l’économie solidaire. La richesse du site est également à saluer: trois espaces (information, communication et services) déploient une arborescence ambitieuse. Chiffré à 1, 319 M€ (lancement et budget annuel d’exploitation), « Web sourd » prévoit un accès gratuit et la création d’une quinzaine d’emplois, d’ici 2003, année de lancement.

Présenté cette semaine à Toulouse (lire « La Dépêche du Midi » du 25 avril), ce site internet à l’usage de la communauté sourde réconcilie avec exemplarité les NTIC et la citoyenneté. « Les malentendants représentent 7 % de la population et restent invisibles pour le reste de la société. C’est une communauté sevrée de communication et d’information écrite », signe Adrien Pelletier, président de la Fédération nationale des sourds et de « Web sourd ».
ILLETRISME ET CHOMAGE

En France, il y a 500.000 sourds profonds et sévères. La communauté malentendante est touchée par l’illettrisme (60 %) et le chômage (50 %). La langue des signes est pratiquée par 400.000 personnes, dont la moitié appartient à l’environnement familial, amical ou professionnel.

Partenaire précieux, France Télecom n’a pas seulement mis à disposition à Toulouse son réseau à haut débit. Les prouesses technologiques mises en oeuvre sur le site sont le fait du département Recherche et Développement, à la pointe de l’ergonomie et de la communication, et ce, quelque soit le profil de l’utilisateur. Les chercheurs de France Télécom prévoient par exemple de tester l’année prochaine un logiciel de reconnaissance labiale. « L’expérience sensorielle des personnes handicapées est la clé d’une connaissance approfondie des modalités d’interactions hommes/machines. C’est une source de créativité pour l’amélioration des interfaces qui profiteront un jour à tous », avance Denis Chêne, chef de projet à Recherche et Développement.

On peut d’ores et déjà se faire une idée sur www.websourd.org

11/05/2002 à Toulouse

Laisser un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.