La langue des signes, une langue vivante

Mardi, au foyer Brossolette, le centre de formation et culture des sourds présente le festival de la LSF

La langue des signes permet aux sourds de communiquer entre eux et avec les entendants. Peu répandue dans les écoles, elle est mal connue du public. Mardi, le centre de formation et culture des sourds de Lille organise, au foyer Brossolette, une exposition sur la surdité, une vidéo montrant la communication des personnes sourdes et des séances d’initiation à la langue des signes française avec Giovanni Rito.
Jean-Pierre Dupont est venu avec Frédéric Poivre. Jean-Pierre est devenu sourd à l’âge de 9 ans, et même s’il arrive à articuler les mots, au prix de gros efforts, il communique grâce au langage des signes, langue gestuelle où la main traduit la pensée. Frédéric est entendant. Depuis le collège de Faches-Thumesnil où il rencontre des sourds en intégration, il a décidé d’en faire son métier. Il est médiateur interprète en langue des signes, comme Pénélope Houwenaghel et Sandrine Deschodt. Trois interprètes seulement dans la région du Nord qui compte 12 000 sourds (4 millions en France). « Jack Lang, ministre de la culture, a reconnu la langue des signes comme une langue possible dans l’Education nationale. Et il y aura un bac option LSF (langue des signes française) », se réjouit Jean-Pierre qui milite depuis 18 ans au centre pour faire sortir du ghetto cette langue et les personnes qui la parlent. « A l’école, on nous interdisait de parler cette langue. C’est pourquoi un si petit nombre de sourds parviennent à passer le bac.
Depuis 1994, la situation s’améliore et 27 sourds sont étudiants à l’université de Lille. Mais ces progrès ne concernent que les sourds qui peuvent être aidés par leur famille », déplore Jean-Pierre.
Le centre de formation et de culture est né à Armentières, où Jean-Pierre a habité longtemps avant de résider à Nieppe. Les collégiens de Desrousseaux, Rostand, les lycéens de l’Institut familial ont été sensibilisés à ce problème. Et les sourds espèrent qu’en France, comme au Danemark ou en Norvège, l’accès à l’enseignement supérieur soit facilité.
Le film « Sur mes lèvres », la comédienne Emmanuelle Laborit, qui jouera au Vivat en novembre, ont popularisé l’image de la surdité. Mais la vie quotidienne reste un parcours du combattant. A l’école, au tribunal, à l’hôpital, à l’interphone, difficile de se faire entendre. Les malentendus sont multipliés. « Un sourd et un entendant étaient en instance de divorce. Le juge demandait à l’entendant de traduire pour l’autre. Des parents sourds ont un enfant entendant. Un professeur qui les convoque demande à l’enfant de traduire… Et pour les élections, on considère les sourds comme des citoyens de seconde zone, puisqu’il n’y a pas d’interprète aux meetings ». Lors d’une forte tempête, en novembre, Jean-Pierre voyait son toit s’envoler. Il dut appeler les pompiers de Valenciennes (ligne minitel d’urgence) qui ont prévenu ceux d’Armentières. « On a perdu un temps fou ».
Si les désagréments sont nombreux, les atouts se multiplient aussi. Dans les maisons, pas de cloisons, pour élargir le champ visuel ; des flashs lumineux remplacent les sonneries ; minitel, fax, portables avec messages, visiophones sont pain bénit.
Bien que chaque pays ait sa langue des signes, les sourds du monde entier communiquent bien. Reste à rallier les entendants.Jean-Pierre et sa femme, sourds, ont quatre enfants, dont trois entendants. Jean-Pierre a deux frères et deux soeurs dont une entendante. « Pour Christine, la langue des signes c’est sa langue maternelle ». Entre sourds et entendants, il suffit souvent d’un signe.

Mardi 16 avril, au foyer Brossolette, de 10 h à 12 h et de 14 h à 16 h 30. Inscription et réservation obligatoires (tél. : 03 20 42 90 37 ; fax : 03 20 13 94 05). CFCS, 98, rue de Solférino à Lille.

14/04/02 à Lille (France)

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