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Hauts de Seine Habitat

Elles voulaient des enfants « qui leur ressemblent »

Des bébés sourds « sur commande »

Aux États-Unis, un couple de lesbiennes a obtenu, par insémination artificielle, deux enfants sourds. Elles-mêmes ne peuvent entendre et elles voulaient des bébés « qui leur ressemblent ».

« Complètement sourd d’une oreille, extrêmement déficient de l’autre. » Lorsqu’en février, le médecin a annoncé à Sharon Duchesneau et Candace McCullough le résultat des tests auditifs sur leur bébé de quatre mois, ce fut l’un des plus beaux jours de leur vie. Pour ce couple de lesbiennes sourdes de la banlieue de Washington, le petit Gauvin était parfait : comme elles, il appartiendrait au « monde du silence ».

Sharon et Candace se sont rencontrées il y a quelques années à l’université Gallaudet, une institution pour les sourds. « Ce serait tellement bien d’avoir un enfant sourd qui nous ressemble. Je pense que ce serait une merveilleuse expérience. Si nous pouvons avoir cette chance, pourquoi ne pas la saisir ? », expliquait Sharon au septième mois de grossesse au journal Washington Post, qui a révélé leur histoire.

Depuis cinq générations

Leur décision prise, elles demandèrent à des banques de sperme de leur fournir un donneur sourd. Puis, devant le refus de ces dernières, elles trouvèrent un donneur descendant d’une famille de sourds depuis cinq générations.

Le père biologique servit pour leur premier enfant, Jehanne, elle aussi conçue par insémination artificielle et, elle aussi, sourde. Aujourd’hui, la fillette de 5 ans, scolarisée à l’École des sourds du Maryland, communique par signes avec ses deux « mères ». Elles firent de nouveau appel au même donneur pour Gauvin.

Leur histoire a suscité des réactions partagées, certaines horrifiées. « Vouloir donner intentionnellement à un enfant une infirmité, en plus de tous les désavantages liés au fait d’être élevé au sein d’un foyer homosexuel, est d’un égoïsme extrême », a protesté Ken Connor, président du Family Research Council, une organisation ultra-conservatrice de défense des valeurs familiales.

« Ces femmes poussent l’idée de créer des « bébés sur mesure » à un nouveau degré d’horreur. Il faut espérer que cette pratique qui consiste à fabriquer délibérément des bébés infirmes afin de satisfaire au mode de vie des parents n’ira pas plus loin », a-t-il ajouté.

Tout en se disant en désaccord avec le couple, Alta Charo, professeur de droit et de bioéthique à l’université du Wisconsin, tente de comprendre sa démarche. Pour Sharon et Candace, explique-t-elle, « la surdité n’est pas une infirmité mais une culture ». Elles sont un peu comme des parents immigrés, cernés par une société différente, voire aliénante, et qui voudraient que leurs enfants partagent le même héritage, la même culture, la même expérience de vie. Mais devenir parent, reproche-t-elle, signifie qu’on accepte de sacrifier son propre intérêt pour le bien de l’enfant.

Source : www.ouest-france.fr © 17 Avril 2002

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