La main des sourds

L’apprentissage de la langue des signes française pour rapprocher le monde des sourds et celui des entendants

Les élèves d’IUP Infocom sensibilisés aux soucis des sourds

La conférence débute dans le silence. Jean-Pierre Dupont s’adresse aux élèves dans sa langue maternelle, la langue des signes française. Une minute rythmée par les mouvements des mains et les expressions du visage, sans un bruit, dans l’incompréhension. Puis un traducteur entre en scène. Il parle, s’adresse au public :
« Et maintenant, dites-moi que vous n’êtes pas autant handicapés que moi… ».
Ne pas savoir parler est aussi excluant que ne pas savoir se comprendre. Santyclair est une association créée début 2001 par trois anciennes élèves de l’IUP Infocom (institut universitaire professionnel information et communication) dans le but de rapprocher le monde des sourds et celui des entendants. Jeudi, l’association avait convié les étudiants roubaisiens à une sensibilisation à la langue des signes française (LSF).
Douze mille sourds,
trois traducteurs
Dans la journée, une quarantaine d’étudiants ont participé, par petits groupes, à une première approche de la langue des signes. Pour ces futurs professionnels en communication, il est des efforts à faire pour s’ouvrir la porte du monde des sourds. Ils sont quelque douze mille dans le Nord et seulement trois traducteurs ! Avant 1984, dans notre région, il n’existait aucun centre pour l’apprentissage de la langue des signes. Parallèlement à cela, vers la fin des années 80, on estimait que 80% des sourds étaient illettrés. Triste constat.
Le combat pour la reconnaissance de la langue des signes comme véritable langue n’a été gagné, dans notre pays, que très tardivement. Il aura fallu attendre le gouvernement de Laurent Fabius (milieu des années 80) pour que la LSF puisse être enseignée comme langue maternelle, à la place du français. Les deux langues n’ont pas la même structure. La connaissance de l’une ne facilite donc pas obligatoirement l’apprentissage de l’autre. Certains sourds avouent avoir du mal à lire les sous-titres rapides des films ou à transcrire ce qu’ils ont à exprimer…
Un lien entre
deux mondes
Aujourd’hui, il existe trois écoles spécialisées pour l’apprentissage de la LSF dans la région et la langue française des signes peut être choisie comme option au bac. A l’université de Lille III, l’UFR de lettres modernes propose de même une option langue des signes en licences sciences du langage et projette d’ouvrir à la rentrée 2002 une maîtrise « LSF et métiers de la surdité ».
« La langue des signes est notre langue maternelle », revendique pleinement Jean-Pierre Dupont, responsable de la sensibilisation à la surdité au sein du Centre de formation et de culture des sourds (CFCS) à Lille. Cette revendication, il la pousse à l’extrême lorsqu’on lui parle de la nouvelle technologie des implants auditifs. « Un sourd qui naît sourd, quel besoin a-t-il d’entendre ? Je suis né sourd et la langue des signes et ma langue », rappelle-t-il. Cette langue qui est le lien entre les sourds et les entendants. « Nous avons une culture que l’implant ne peut intégrer. Je n’ai pas envie de changer de monde ».

Santyclair organise mardi 30 avril le Festival de la LSF, sur le site de Pont de Bois de l’université de Lille III (Villeneuve-d’Ascq). Exposition, table ronde et pièce de théâtre mettant en scène la rencontre d’un sourd et d’un entendant, tél. : 03 20 30 02 09, santyclair@libertysurf.frCentre de formation et de culture des sourds (CFCS), 98 rue de Solférino, 59800 Lille, tél. 03 20 42 90 37, sourd.cfcs@wanadoo.fr

Source : http://www.lavoixdunord.fr © 17 Mars 2002 à Lille (France)

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