La main des sourds

L’Éducation nationale reconnaît officiellement la langue des signes

L’Education nationale reconnaît désormais officiellement la langue des signes, autrefois honnie puis simplement tolérée avant d’être reconnue par la loi il y a dix ans, mais sans grande application concrète pour son apprentissage auprès des jeunes sourds.

Le ministère de l’Education nationale a présenté publiquement mercredi un premier outil pédagogique, un “référentiel” définissant tous les niveaux de compétences à acquérir, de débutant à utilisateur confirmé. Ce document s’inspire, avec des aménagements spécifiques, de celui élaboré et adopté par la Commission européenne comme cadre commun de référence pour les 43 langues vivantes parlées en Europe, donnant donc à la langue des signes française (LSF) un statut analogue aux autres langues.

“Nous réparons ainsi symboliquement et concrètement une injustice ancienne faite à la langue des signes. Nous reconnaissons sa légitimité éducative et culturelle et nous nous donnons les moyens de l’enseigner au haut niveau qu’elle mérite”, a déclaré le ministre Jack Lang. Il a rappelé “la douloureuse histoire” de la langue des signes, inventée au XVIIIe siècle par l’abbé de l’Epée puis rejetée et même frappée d’interdiction au XIXe siècle.

“On l’a caricaturée. On a prétendu que ce n’était pas une langue digne de ce nom, qu’elle nuisait à l’intégration des sourds et on a même insinué qu’elle était dangereuse, pire encore immorale et sensuelle”, a-t-il dit, retournant cette accusation: “oui, cette langue gestuelle a une dimension esthétique, elle a une beauté plastique, chorégraphique indéniable”.

Bientôt inscrite au Bac

“Les passions sont maintenant apaisées et il est temps de donner droit de cité à la LSF”, a ajouté le ministre, soulignant que celle-ci est un droit mais non une obligation -les familles pouvant choisir- et ajoutant que le français écrit et oral devait toujours être associé.

Il a par ailleurs annoncé que le référentiel serait expérimenté auprès de mille élèves (écoles, collèges, lycées en institutions ou en intégration scolaire) dès cette année scolaire, à la rentrée des vacances de février. A terme, la LSF devrait être inscrite aux examens, dont le Bac, et donner lieu à des diplômes spécifiques.

Le document, mis au point par le Centre international d’études pédagogiques (CIEP) de Sèvres (Hauts-de-Seine), est adapté à la LSF qui ne possède pas d’écriture, avec une transposition des compétences requises (les enregistrements remplacent l’écrit par exemple).

Près de quatre millions de personnes en France ont des problèmes d’audition, mais les sourds profonds (depuis la naissance ou le plus jeune âge) sont environ 200.000. La moitié connaissent ou pratiquent la LSF plus ou moins régulièrement. Au total, avec les familles, les amis et les professionnels comme les interprêtes, quelque 300.000 personnes sont concernées par la LSF.

Source : ? – 13 Février 2002 à France

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