La main des sourds

Un logiciel pour mieux entendre

Trois étudiants de l’école privée des sciences informatiques (EPSI) élaborent actuellement un logiciel révolutionnaire destiné à aider les enfants atteints de surdité profonde. Explications…

«Nous sommes une équipe d’ortophonistes qui travaillons dans un centre public accueillant des enfants à déficience auditive. Depuis dix ans, l’implantation cochléaire s’est beaucoup étendue dans la population des enfants sourds profonds. Cette technologie, nécessitant une intervention chirurgicale, permet à ses porteurs d’obtenir un certain nombre d’informations auditives. Toutefois, il n’existe pas à notre connaissance de matériel rééducatif permettant de développer de façon optimale les possibilités offertes par cette aide technologique. »
Au mois de novembre dernier, José Moniez, directeur de l’école privée des sciences informatiques d’Arras (EPSI), recevait ce courrier émanant de Jérôme André, porte-parole de l’Institut de réhabilitation de la parole et de l’audition de Ronchin.
Un projet
coûteux
En fait, il ne demandait ni plus, ni moins, que des élèves de l’école privée des sciences informatiques se penchent sur le problème et réalisent un logiciel capable de venir en aide aux ortophonistes.
Il s’agissait d’un outil totalement nouveau à réaliser et d’un formidable pari pour trois élèves-ingénieurs du pôle de recherche avancée qui se sont lancés avec enthousiasme dans le projet. En l’occurrence, Hugues Allart, Frédéric Dupont et François Tardivon. Ils sont aidés pour la partie matérielle, si l’on ose dire, par un camarade de deuxième année, Frédéric Planque et par un autre de première année, Pierre Brieudes. Ce sont ces derniers qui d’ailleurs vont prendre le relais et mener le projet à terme puisqu’il faut compter un an et demi avant qu’il aboutisse.
Sans l’EPSI, jamais sans doute, les ortophonistes n’auraient pu se payer ce logiciel, non seulement à cause du budget ridicule qui leur était alloué, mais aussi, parce qu’aucun industriel de l’informatique n’aurait investi dans un projet aussi coûteux, sachant que le retour n’aurait pas été rentable, étant donné la faible tranche de population concernée.
Pour nos étudiants, le défi est tout autre qu’économique : d’abord, le travail qu’ils réalisent bénévolement s’inscrit dans le cadre de leur projet de fin d’études, mais aussi il leur permet d’aborder leur futur métier de manière concrète avec une implication directe, au-delà des cours et des travaux pratiques.

C’est aussi une manière de montrer leur savoir-faire, car l’outil informatique qu’ils commencent à réaliser viendra en soutien rééducatif de capteurs implantés chirurgicalement qui fournissent, certes, un certain nombre d’informations auditives, mais qui sont loin d’être exploitées suffisamment.
Le logiciel intégrera donc des bases de son de l’environnement et des sons purs, des instruments de musique, des intonations et des rythmes de la parole, des données d’image, des repères alphabétiques qui permettront de localiser les sources sonores.
Développement pointu
Le programme doit se présenter sous la forme d’exercices très élaborés, de niveaux de difficulté différents, prenant en compte une multitude de paramètres qui intègrent, par exemple, la détection des sons, le fait de savoir à quoi ils correspondent ou ce qu’ils signifient. Ils doivent assurer à l’enfant le suivi de sa progression et l’identification précise de ses difficultés.
Le cahier des charges est encore plus complexe qu’il n’y parait, mais on imagine aisément qu’un développement informatique aussi pointu, demandant énormément de recherches n’ait pu que passionner nos élèves-ingénieurs.
En tout cas, les ortophonistes demandeurs leur ont fait confiance et ont déjà fait breveter le projet auprès de l’institut adéquat sous le nom d’OREDA (Outil de réhabilitation et d’éducation pour déficients auditifs).
Il s’agit d’un formidable pari : ouvrir le monde du silence par la communication informatique.

Source : ? – 01 Février 2002

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