La main des sourds

Deux interprètes sinon rien !

Un Ukrainien sourd et muet, arrêté à Lille, a été remis en liberté

L’histoire est émouvante et elle a touché autant l’avocat que le magistrat qui l’ont examinée, hier matin, à l’audience des « 35 bis », celle qui se charge de contrôler les droits des étrangers en France. Elle concerne un jeune Ukrainien, âgé de 21 ans, que la vie n’a pas gâté puisqu’il est né sourd et muet. Arrivé en France, il fut dans un premier temps exploité dans le cadre de l’un de ces réseaux qui contraignent des jeunes sans papiers et sans droits à partager le fruit de la mendicité.
Il vendait des bibelots dans les cafés de la capitale. Des objets qu’il déposait sur le coin des tables, accompagnés d’une cartelette indiquant son handicap. Sans doute pour rembourser son passage en France, il devait ensuite « partager » ses gains avec ses « protecteurs »…
Echappant à ce réseau, Vadym Krechetov était venu à Lille où il a continué de faire la mendicité dans les cafés. En compagnie d’un ami, également sourd et muet, il achetait des bricoles dans les petits commerces tenus par des Chinois, des porte-clés, des bijoux de pacotille, des briquets fantaisie pour les revendre dans les cafés de la gare de Lille.
Jusqu’au lundi 21 janvier. Ce jour-là, vers 16 h 45, sur le parvis Saint-Maurice, la police contrôlait les deux Ukrainiens et découvrait que Vadym Krechetov faisait l’objet d’un arrêté de reconduite à la frontière prononcé par la préfecture de Paris.
A priori, l’affaire était entendue. C’était compter sans la lecture attentive du dossier par Me Bertrand Wambeke qui découvrait la faille. Lorsque les services de la préfecture de Paris avaient notifié l’arrêté de reconduite à la frontière, ils avaient pris soin de se faire assister d’un interprète en Ukrainien. Insuffisant car même en Ukrainien, un sourd n’entend pas sa langue maternelle. Par la suite, à Lille notamment, les auditions de Krechetov se déroulèrent en présence des deux interprètes : en ukrainien et en langage des signes. Pas simple mais complet.
Le président Peltier n’a donc pu que constater l’irrégularité de la procédure, du moins à ses débuts. Vadym Krechetov a donc été remis en liberté et a retrouvé son compagnon d’infortune. Ce dernier, non seulement sourd et muet mais fort peu débrouillard, errait sans but dans les rues, ne sachant que faire ni où aller. Il y a fort à parier qu’ils ne traîneront pas à Lille plus qu’il n’est nécessaire.

Source : ? – 25 Janvier 2002 à Lille (France)

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