La main des sourds

La langue de Prévert c’est celle des signes. . .

Au groupe scolaire Jacques-Prévert, la langue des signes est devenue familière aux élèves. Depuis quatre ans, Fabrice leur enseigne les rudiments de cette langue à part entière pour mieux communiquer avec leurs petits camarades malentendants.

Fabrice commence par le mime avec les petits pour ensuite arriver à la langue des signes.
Fabrice commence par le mime avec les petits pour ensuite arriver à la langue des signes.

Quand Fabrice pousse la porte d’une classe, que ce soit en maternelle ou en primaire, le silence s’établit immédiatement. Les enfants savent que Fabrice est sourd comme certains de leurs copains de classe et qu’il communique uniquement par les signes. «Ils le vivent comme le mime et cela exige d’eux une discipline. Ils sont silencieux pendant une demi-heure et sont sous le charme du narrateur», explique Dominique, la maîtresse des petits de moyenne section. A 3 ou 4 ans, ils sont déjà capables de signer des mots simples comme bonjour, merci, assiette ou pomme.

«Quand j’arrive ils signent bonjour»

En CE1, ils formulent des phrases entières et en CM2, ils arrivent à tenir une véritable conversation. C’est un moyen très pratique pour parler discrètement entre eux sans se faire remarquer par l’enseignant mais c’est aussi eux qui viennent parfois en aide à la maîtresse pour les traductions. «Il y a une enfant sourde dans leur classe depuis la maternelle et elle apprenait déjà la langue des signes. L’initiation se poursuit au collège La Tour d’Auvergne et il y a beaucoup d’élèves volontaires», précise la directrice, Régine Toulhoat. Elle reconnaît que cela tient beaucoup à la personnalité de Fabrice qui est drôle et a un contact très facile avec les enfants. «Cela fait déjà quatre ans que j’interviens dans les classes, de la maternelle au CM2, à raison d’une demi-heure par semaine. Quand j’arrive, ils signent bonjour. Cela montre qu’ils sont intéressés», indique Fabrice. «Le but, c’est d’apporter une ouverture aux enfants en leur faisant rencontrer un adulte sourd mais aussi en leur donnant un moyen de communiquer avec les enfants malentendants».

Un manque de reconnaissance

Ils sont une douzaine d’enfants souffrant de ce handicap à être scolarisés dans l’école. En 1983, en effet, l’équipe enseignante de Jacques-Prévert avait été la seule à répondre à l’appel d’offres lancé par l’Inspection académique suite à la démarche de parents d’élèves. Des précurseurs en la matière mais qui souffrent cependant de reconnaissance. «Nous sommes aidés par la mairie mais on n’a aucun financement de l’Éducation nationale depuis deux ans», convient la directrice. L’association des parents d’élèves malentendants se démène donc pour financer les cours de langue des signes. «C’est une vraie langue avec une grammaire et pas seulement une méthode de communication», défend Fabrice. Et il ne comprend pas pourquoi en France elle n’a pas sa place alors que dans les autres pays, elle est reconnue comme une vraie langue. Et de comparer cette situation à celle du breton en espérant que les choses évoluent.

Source : http://www.letelegramme.com © 23 Janvier 2002 à Quimper

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