Satoshi Tamura, le motard du silence

Le Japonais, sourd et muet, rêve de Dakar

Le Japonais Satoshi Tamura, 36 ans, a signé, comme 175 motards, sa fiche d’inscription (dossard 137) au 24e Paris-Dakar, c’est déjà une sorte de victoire: Satoshi est sourd et muet de naissance.

Originaire de Tachikawa, près de Tokyo, il a commencé la moto à l’âge de 16 ans, après avoir vu à la télévision un documentaire sur la chevauchée des concurrents d’un Paris-Dakar soulevant des nuages de poussières dans un désert de dunes.

« Je suis bien à moto, quand je sens le vent sur mon visage. J’aime la nature », a coutume de dire Tamura: « Dans la nature, il n’y a pas de différence entre les handicapés et les valides ».

Pourtant, sur les 9.436 kilomètres qu’il va devoir couvrir entre Arras et Dakar, pendant dix-sept jours la communication risque d’être le principal défi de Satoshi Tamura.

Tamura le sait d’expérience. En 1999, lors d’un rallye moto en Mongolie, il a fait une chute, s’est blessé à la tête, s’est perdu.

« Le sang m’aveuglait, et j’ai perdu mon chemin à la tombée de la nuit », explique-t- il dans le langage des sourds-muets traduit par un interprète.

« J’ai bien tenté de demander mon chemin par gestes aux villageois du coin, mais ce n’était pas simple », avoue-t-il. « Pendant trois nuits, je n’ai pas pu dormir, j’étais trop crevé, je ne pensais qu’à rentrer chez moi ».

Malgré cette mésaventure, il a réussi à rejoindre la course et terminé 25e, alors que la moitié des concurrents avaient abandonné.
SUR LES PENTES DU FUJI YAMA

« Mais, de nouveau, dit Tamura, ma principale préoccupation pendant le Paris-Dakar c’est de pouvoir communiquer ».

Et comme le langage des signes n’est pas universel, il va devoir emporter avec lui des dictionnaires français et anglais et posera ses questions en désignant les mots sur les livres.

Autre défi pour Satoshi, le financement de son aventure.

Frustré l’an passé d’avoir dû renoncer au Dakar par manque de moyens financiers, il a obtenu cette année un prêt de 12.000 dollars de sa banque, car son salaire de vérificateur d’ordinateurs portables chez NEC Corp ne lui permettait pas de couvrir les frais.

Ses demandes de parrainage sont restées pour la plupart sans réponse, et il n’a reçu que quelques pièces de rechanges pour sa moto, une Honda XR400R, que lui fournira une écurie française.

En attendant, le départ de ce matin Satoshi Tamura s’est entraîné sérieusement au Japon dans des conditions de rallye extrême sur les pentes du Fuji Yama.

« Mon classement ne me préoccupe pas vraiment. Mon objectif est simplement de terminer la course », conclut Tamura. « Je pense que j’en suis capable ».

Source : http://www.ladepeche.fr © 28 Décembre 2001

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