La main des sourds

Emmanuelle Laborit signe le débat à Ploemeur

Emmanuelle Laborit participait, hier, à l’université d’été « jeunesse et Bretagne » qui se tient à Ploemeur (56) au centre Amzer Nevez sur le thème : « la langue des signes, une langue minoritaire ? ».

Comme le breton, la langue des signes est une langue minoritaire, interdite au début du siècle, tolérée depuis, mais toujours pas reconnue officiellement par l’Etat français. La comparaison s’arrête là, le breton restant une langue vocale, comme le rappelle Emmanuelle Laborit. Or, durant deux heures, c’est de gestes et de mimes dont il sera question. La comédienne, sourde de naissance, fait face au public et s’exprime de tout son corps. Ses gestes sont rapides, son visage très expressif donne le «ton» : indignation, amusement, sérieux. Devant la comédienne, de biais par rapport au public, Laure Boussard traduit.

«Soleil qui vient du coeur»

Emmanuelle Laborit explique d’abord que la LSF (Langue des signes françaises) est une langue à part entière, avec une syntaxe, un alphabet pour épeler les noms, des signes pour les mots. Il existe des registres de langue, du familier au soutenu, et des gestes pour les onomatopées comme «euh» pour l’hésitation, «hum, hum» pour la réflexion, par exemple. La langue des signes existe depuis des siècles mais est codifiée par l’abbé de l’Epée peu avant la Révolution française. Les personnes sont fréquemment «signées» par un geste qui renvoie à un trait de leur personnalité ou de leur physique. Emmanuelle Laborit se signe par un geste ample de la poitrine vers l’extérieur qu’on pourrait traduire par «soleil qui vient du coeur». Reste que la LSF est très mal reconnue. Il existe seulement trois petites structures (à Toulouse, Paris et Poitiers) où l’enseignement global est en LSF. Ces écoles ne bénéficient d’aucun soutien de l’Etat. «On n’a jamais interdit aux sourds de parler, souvent de signer» résume Emmanuelle Laborit. «Peut-être que la différence fait peur ainsi que le silence».

Identité et culture sourdes

On comprend que les parents d’un enfant sourd se sentent parfois un peu perdus. «Je suis à 200 % contre l’implant cochléaire (*) et l’appareillage électronique qui s’ensuit sur un enfant», s’exclame la comédienne. «C’est seulement à l’âge adulte, quand on est responsable, qu’on peut décider. La réussite n’est pas sûre, le dispositif peut gêner et l’enfant reste un sourd». L’oralisme, à savoir la lecture sur les lèvres et l’expression orale, est un autre choix possible, souvent cité comme facilitant l’intégration. Pour Emmanuelle Laborit, «c’est dans la mentalité française de prôner l’intégration. Or l’identité et la culture sourdes ne doivent pas disparaître. La langue des signes que j’ai apprise vers sept ans a donné un sens à ma vie, une vision du monde. Et aux entendants aussi, le monde des sourds et la langue des signes peuvent apporter quelque chose, dans l’utilisation de leur corps».(*) Implant dans la cochlée (une partie de l’oreille) d’un aimant.

Source : http://www.letelegramme.com © 1 Septembre 2001 à Ploemeur

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