La main des sourds

Suzanne abattue par un sourd-muet

Il n’a fallu que quelques heures aux enquêteurs du SRPJ de Versailles pour identifier et interpeller le meurtrier présumé d’une retraitée de 76 ans, abattue d’une balle vendredi après-midi en pleine rue à Dammarie-les-Lys (Seine-et-Marne). Il a été cueilli dans la nuit de vendredi à samedi à son domicile du

Suzanne Diot, 76 ans, la victime, vivait seule depuis trois ans en appartement et connaissait son meurtrier présumé depuis plusieurs années.
Suzanne Diot, 76 ans, la victime, vivait seule depuis trois ans en appartement et connaissait son meurtrier présumé depuis plusieurs années.

Mée-sur-Seine, à quelques kilomètres de là. Reste à lui faire expliquer les raisons de son geste, et ce ne sera pas le plus facile : l’homme est sourd-muet. La consternation et la stupeur régnaient encore hier après-midi dans le quartier de la Justice, vingt-quatre heures après le drame : Suzanne a été tuée d’un coup de fusil alors qu’elle sortait de chez son amie Thérèse pour regagner son appartement situé dans l’immeuble voisin. Le meurtrier aurait tiré une fois, après avoir essayé de se faire comprendre de sa victime. Puis il aurait pris la fuite en emportant le sac de la vieille dame.

« Il était avec moi, bien tranquille, on a bu une bière ensemble, explique un voisin qui hier bricolait sa voiture sur le trottoir. Soudain, il a vu la dame sortir. Il l’a suivie et j’ai entendu qu’elle lui parlait. Et puis un coup de feu est parti, j’ai cru que c’était un pneu qui éclatait. » Quand le voisin a relevé la tête de sous le capot de sa voiture, la vieille dame gisait à terre dans une mare de sang. Son agresseur a remonté tranquillement dans sa voiture, son arme, un fusil de chasse selon les uns, un fusil à pompe selon les autres, à la main. Il a été interpellé sans difficulté chez lui au Mée, une ville voisine, quelques heures plus tard. « Qu’est-ce qui lui a pris ? Il la connaissait depuis une trentaine d’années, c’est incompréhensible. » Dans ce quartier, modeste mais calme, tout le monde se connaît. Le meurtrier présumé, Mostépha venait souvent rendre visite à son frère et à sa soeur à Dammarie, où vivait la victime. Rabah, son frère, lui aussi sourd-muet, comme le sont les quatre fils de la famille, n’explique pas cet acte insensé. « Il est devenu fou », traduit pour lui le témoin bricoleur. « Il a pété les plombs », renchérit la belle-soeur. Le mobile du meurtrier reste obscur. « Un différend relationnel », lâchent les enquêteurs qui tentent de comprendre et de se faire comprendre de l’homme qu’ils interrogent et qui a reconnu son geste. « Une vengeance, une affaire d’argent qui remonte à une quinzaine d’années », avancent ceux qui croient savoir. « Mais, conteste sa belle soeur, il n’avait pas de problème d’argent. Il travaille depuis dix-neuf ans dans la même entreprise à Paris, sa femme travaille aussi dans un laboratoire à Melun. » Quel que soit le mobile, il semble acquis que le meurtrier présumé ait eu une rancune tenace. C’est bien Suzanne Diot qu’il visait. L’a-t-il guettée pour la tuer ? Comment expliquer la présence d’une arme dans sa voiture, lui qui est décrit par tous comme un homme sans histoire ? Mostépha, 56 ans, a été présenté hier soir au parquet de Melun. Il a été mis en examen pour assassinat et écroué.

09/09/2001 à Dammarie-les-Lys (France)

Laisser un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.