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Assises du Haut-Rhin : six ans pour un braqueur

Fatih Parlak, 21 ans, a été condamné hier à six ans d’emprisonnement pour un vol à main armée avec coups et blessures volontaires. En octobre 99, il avait braqué une agence bancaire à Spechbach-le-Bas.

REGARDEZ-LE, c’est un gosse », lance Me Quenot au début de sa plaidoirie, désignant aux jurés de la cour d’assises du Haut-Rhin à Colmar, son client Fatih Parlak. Un jeune homme de 21 ans, qui accompagne ses paroles de gestes larges, son chapelet en nacre passant d’une main à l’autre. Le 19 octobre 1999, l’accusé alors âgé de 19 ans et résidant à Belfort, prend le train pour Mulhouse, s’arrête à la gare d’Altkirch et marche, à la recherche d’une banque isolée et peu fréquentée. Vers 16 h, il entre dans la caisse du Crédit Mutuel de Spechbach-le-Bas, cagoulé, muni d’un sac en plastique et armé d’un fusil à pompe sans crosse, au canon scié, non chargé. Il se fait remettre plus de 27 000 F par la caissière, qu’il menace ? « Tu veux que je te flingue ? » ? et frappe à deux reprises pour accélérer le mouvement. En sortant de la banque, il bouscule également une cliente. « Il était très nerveux, je pense qu’il avait autant peur que nous », a déclaré cette dernière à l’audience, hier.
Une surdité à 67 %
D’origine turque, Fatih Parlak est arrivé en France à l’âge de 10 ans, en 1990. Avec sa mère, son frère et sa soeur, il rejoint alors son père, qu’il n’a vu qu’épisodiquement au cours des premières années de sa vie. Jusqu’à 8 ans, le garçon ne parle pas. Dans sa famille, on pense qu’il a été victime de la consanguinité de ses parents ; mais un médecin diagnostique finalement une surdité à 67 %. Équipé de prothèses auditives, Fatih Parlak apprend à parler, le turc puis le français. Après une enfance malheureuse due à son handicap, l’accusé raconte une adolescence douloureuse. Il aurait été battu par son père, qu’il évoque comme un tyran domestique : « Il me frappait quand je ne rentrais pas à l’heure, il me faisait peur ». A la barre, le père nie : « Je ne l’ai jamais tapé, ce n’est pas une solution ». « La vérité se situe sans doute au milieu », commente dans son réquisitoire l’avocate générale, Myriam Vervier.
Intolérance à la frustration
Dans l’expertise psychiatrique, Fatih Parlak est décrit comme un jeune homme au niveau intellectuel médiocre s’apparentant à une débilité légère. Il souffre d’un déséquilibre caractériel : impulsivité, intolérance à la frustration. La psychologue parle d’un individu égocentrique, opportuniste et immature, qui recherche la satisfaction immédiate. Pour justifier le braquage de l’agence bancaire, il invoque le besoin d’appareils auditifs qui valent 7 000 F pièce et que ses parents ne peuvent pas lui payer. « Ce n’était pas pour l’argent, c’était pour les appareils. Je ne voulais pas faire de mal », répète-t-il à l’envi. Selon les experts, Fatih Parlak exprime des regrets profonds mais ne ressent pas de culpabilité, ni d’empathie envers les victimes. Face à l’employée de banque ? qui fait encore des cauchemars et souffre d’agoraphobie ? et à la cliente, il dit : « Je sais que j’ai fait du mal, je regrette ». D’après sa soeur, Fatih Parlak a avant tout « besoin d’amour et de compréhension. Depuis qu’il est en prison, il a complètement changé. Il est conscient du mal qu’il a fait, il est plus attentif aux autres. Moi je ne suis plus triste, j’ai l’espoir qu’un jour mon frère travaillera et fondera une famille », dit-elle.
« Non à la banalisation »
Le père, qui refuse de regarder Fatih dans les yeux, dit pourtant qu’il est prêt à tout lui pardonner. Dans sa plaidoirie, l’avocat des parties civiles, Me Michel Bokarius, souligne l’importance de « dire non à la banalisation des braquages » et la nécessité de condamner, pour « reconnaître aux victimes leur souffrance ». « Il faut expliquer à M. Parlak que même s’il est handicapé, même s’il a eu une enfance malheureuse et traumatisante, même s’il a un besoin quelconque, fût-ce un appareil auditif, il n’a pas le droit de voler », martèle l’avocate générale. « Soyons sérieux, rétorque Me Quenot. Fatih Parlak est un gosse. Ne faisons pas passer ce gosse de 21 ans pour un braqueur. Il ne s’agit pas de banaliser mais de dédramatiser. » Après plus de deux heures de délibérations, les jurés décident de suivre les réquisitions de l’avocate générale et condamnent Fatih Parlak à six ans d’emprisonnement.

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