Une amitié signée autour d’une roue de moulin

Lorsque les machines de l’atelier s’arrêtent, Romain est le seul à ne se rendre compte de rien. De toute façon, il est trop absorbé par sa tâche : rénover avec trois autres jeunes en insertion la roue d’un moulin de Pont-Aven.

Lequel du stagiaire ou du chef datelier apprend le plus autour de cette vieille roue de moulin de Pont-Aven ?
Lequel du stagiaire ou du chef d’atelier apprend le plus autour de cette vieille roue de moulin de Pont-Aven ?

Son rêve, ce serait de construire des bateaux. Pour le moment, Romain Casuguel (29 ans) travaille sur une vieille roue de moulin fatiguée d’avoir trop tourné dans les eaux tumultueuses de l’Aven. En observant les autres travailler, en suivant méticuleusement les explications de Jean-Pierrick son chef d’atelier, le jeune homme apprend le métier, loin de ses fourneaux qu’il vient tout juste d’abandonner. De cuisinier à menuisier, il y a certes plus qu’une cuillère en bois.

Chacun son signe

«Mais j’aime ce que je fais et je suis courageux» explique-t-il par quelques mouvements vifs et précis. Plus attentif que les autres puisqu’il ne faut jamais perdre de vue les lèvres du formateur, Romain est pressé de voir la roue retrouver ses 24 pales en bois vert de pays. Dans l’atelier de menuiserie, chacun a son signe distinctif. Romain n’a pas son pareil pour les esquisser d’une ou de deux mains. Distinctement ou rapidement en cachette un peu pour se moquer, beaucoup pour faire rire les autres. Il y a le formateur à la barbichette, la nana de l’atelier aux formes avantageuses, le collègue un peu enveloppé et puis aujourd’hui, le gars au bloc note avec son appareil photo… «Oreilles décollées et nez crochu» viennent de dire ses mains.

Elève et maître

L’atelier de menuiserie prend joyeusement des airs de scène de théâtre ou de mime. Les mots techniques sont plus délicats à exprimer mais on arrive toujours, plus ou moins rapidement. De son côté, le chef d’atelier Jean-Pierrick Ménoret s’est plongé dans ce drôle d’alphabet d’où ne sort aucun son. Dans sa voiture, dans sa cuisine, dans son salon traînent les photocopies reprenant les 26 signes du langage des signes français. Même ses enfants se sont pris au jeu. Le soir, à table, on s’amuse à ne s’exprimer que par signes. On apprend à relativiser sur pleins de choses. Souvent, en fin de journée, le chef d’atelier se demande lequel des deux a le plus appris ? Lui en nouveaux signes ou Romain en bois et menuiserie ? La semaine dernière, alors que tout le groupe se préparait pour la photo du journal, un jeune homme continuait à taper «comme un sourd» pour faire sauter les boulons de la roue. «Sourd», c’est le mot. Romain l’est de naissance. A l’atelier concarnois d’Espace Solidarité, les pièces de la roue ajustée au millimètre ne laissent pas de place au handicap.

Source : http://www.letelegramme.com © 05 Mai 2001 à Concarneau

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