Dialogue de sourds… et d’entendants

Rue de la Parcheminerie, le café des signes a fait salle comble

Au début, c’était un petit groupe de sourds et d’entendants qui se réunissait certains soirs dans les cafés d’Angers. Leur point commun : ils étaient tous élèves ou amis de Monica Companys, professeur de langue des signes. Elle a fondé le café des signes, rue de la Parcheminerie. Un café un peu particulier puisqu’il n’ouvre qu’une fois par mois.

Une association victime de son succès. Vu de l’extérieur le café des signes ressemble à n’importe quel autre bar du centre-ville un vendredi soir, c’est-à-dire rempli de jeunes avec un brouhaha et des rires qui s’échappent quand les portes s’ouvrent. Pourtant en s’approchant, on constate que dedans les clients ont une singulière façon de parler avec les mains. Les clients du café sont ” des jeunes, sourds ou entendants, qui maîtrisent tous la langue française des signes “, explique Monica Companys. Elle est la présidente de l’association Papillon et fondatrice du café des Signes. Souffrant elle-même de surdité, elle lit sur les lèvres et s’exprime très bien oralement : ” J’avais envie d’avoir un café-théâtre pour que les gens puissent discuter ensemble, les sourds et les entendants “. Il n’y a pas encore de théâtre mais le café est déjà un succès, certains sont venus de loin pour faire la fête : ” Nous avons des jeunes qui arrivent de Nantes, Laval, Rennes… “, explique-t-elle. Et sa personnalité y est sûrement pour beaucoup : comédienne, professeur de langue, animatrice du café. Elle raconte : ” quand un entendant vient ici, il apprend beaucoup plus vite qu’en cours, car les jeunes sourds ont leur code à eux, ils utilisent des signes qui ne sont pas académiques “. Micheline Metayer-Mahaud est entendante et ce soir-là c’est elle qui tient le bar. Elle explique : ” En général, il y a comme un complexe ou une gêne pour les sourds à employer la langue des signes en public “. Mais ici aucun risque de subir les regards lourds ou curieux des badauds. Aussi une galerie d’art D’autres cafés des signes existent en France mais la particularité de celui d’Angers est qu’il n’est pas itinérant, il désigne vraiment un lieu. Trouver un local était devenu nécessaire car le petit groupe d’origine est devenu une association comptant 80 personnes. Pour l’instant, le café n’organise des soirées qu’une fois par mois, mais il sert également de salle de cours de langue des signes, tous les mardis, mercredi et jeudi. ” Il existe un paradoxe, souligne Monica Companys, les sourds ne sont pas attirés par les arts visuels qui sont pourtant les plus facile pour eux “. Ce soir-là le café expose les photographies de Mitko Androv, un artiste sourd originaire de Bulgarie. ” Voyez il n’y en a pas un qui regarde ! “, s’exclame Monica. Elle veut provoquer une ouverture des malentendants vers les arts visuels quels qu’ils soient : du body painting au théâtre en passant par la danse, la peinture…” Je pense que les sourds sont inhibés, pourtant ils ont un fort potentiel pour tout ce qui est expressif “, ajoute-t-elle. Mitko Androv lui, s’exprime pleinement à travers ses photographies. Il expose depuis 10 ans dans les galeries parisiennes et est remarqué pour ses nus de femme en noir et blanc. En langue des signes, il raconte: ” quand je dis aux gens que mes modèles sont des sourdes, ils répondent : ce n’est pas possible ! “. Lui pense que les entendants ont plus de pouvoir, ” ils ont plus d’idée “, précise-t-il. Monica Companys n’est pas du tout d’accord. Elle est cependant ” curieuse de savoir s’il y a une différence entre un artiste sourd et un artiste entendant “. C’est pour répondre à cette question qu’elle espère faire du café des signes ” un tremplin pour les jeunes artistes “. S.B. Pour tous renseignements, fax : 02 41 36 39 23.

Source : http://www.ouest-france.fr © 12 Février 2001 à Angers

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