Procès des Ukrainiens sourds-muets : un prévenu décrit le réseau

Un prévenu ukrainien du réseau de sourds-muets qui exploitaient en France, comme vendeurs à la sauvette, des compatriotes atteints du même handicap, a décrit l’organisation du groupe mercredi devant le tribunal correctionnel de Paris, avec beaucoup plus de prudence que devant le juge d’instruction.

Kiril Kouzmenko, 28 ans, prothésiste dentaire titulaire d’une carte de résident de dix ans, achetait en gros briquets et porte-clés.

Kouzmenko, qui lit le russe sur les lèvres, a déclaré que les sourds-muets d’Ukraine, “se sentant exclus, ont besoin d’un responsable pour les aider” mais qu'”il ne s’agit pas d’une mafia”.

Il a estimé que le nombre de sourds-muets dans son pays était cinq fois plus important qu’en France et a incriminé un antibiotique utilisé jusqu’au début des années 80. A la chute du communisme, a-t-il dit, l’inflation était telle qu’il a fallu “trouver des solutions” pour ces handicapés, par exemple venir vendre des colifichets à l’Ouest.

Lors de l’instruction, il avait précisément décrit le réseau, dirigé par quatre hommes composant “le Toit”, dont le chef Anatoliy Yaresko, qui a continué mercredi à suivre les débats grâce aux gestes de ses interprètes présents dans le public.

La France était divisée en quatre régions, gérées de manière structurée. Chaque revendeur, 200 à 300 simultanément, venus “volontairement” en France, devait payer un “impôt” de 100 F par jour pour vendre les objets dans les restaurants et les trains.

Mercredi, Kouzmenko a indiqué ne tenir ses informations que d’un “brigadier” du sud, Andreï Isenko, qui, laissé libre sous contrôle judiciaire, comme Kouzmenko, n’est pas apparu au procès.

Interrogé sur la “peur” qu’il avait manifestée pendant l’instruction à l’idée d’être confronté avec les membres du groupe, Kouzmenko a déclaré que c’était “une erreur”. Il en a voulu pour preuve le fait qu’Isenko, aussi bavard que lui, était devenu “chef” à son tour en Russie. Isenko avait manifesté pourtant la même terreur et nul ne sait exactement aujourd’hui où il se trouve. Il avait cependant indiqué que le recours à la violence contre les vendeurs était “peu fréquent”.

Tous les membres considérés comme importants du réseau nient leur responsabilité. Ainsi, Yaresko, arrêté alors qu’il circulait dans la Mercedes d’un ami, contenant près de 300.000 F, avait indiqué être venu en Europe occidentale seulement pour s’acheter une voiture et un bateau. Selon lui, l’argent provenait “d’une indemnité versée suite à l’accident de Tchernobyl”.

Quatorze personnes, des sourds-muets ukrainiens pour la plupart, sont jugées depuis mardi pour l’exploitation de ce réseau.

31/02/2001 à Paris

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