La main des sourds

Le chef présumé des Ukrainiens sourds-muets n’a confiance qu’en son interprète

Le procès des quatorze personnes, des sourds-muets ukrainiens pour la plupart, jugées pour l’exploitation d’un réseau de vente de babioles, n’a commencé mardi que vers 17H00, à cause de nouveaux problèmes de traduction, le chef présumé de la bande préférant pour sa part se fier à sa propre interprète assise dans la salle.

Très structuré selon l’accusation, ce réseau faisait venir en France d’autres Ukrainiens atteints du même handicap — jusqu’à 300 l’été — , leur revendait briquets et porte-clés achetés en gros, et cartons à déposer devant l’acheteur potentiel pour l’inviter à acquérir l’objet, et exigeait de chacun de ces travailleurs clandestins un “impôt” de 100 ou 150 francs par jour. Un million de francs par mois environ étaient ainsi renvoyés en Ukraine.

L’audience avait été rapidement suspendue lundi, le président ayant ordonné que le réquisitoire du parquet, document qui résume l’enquête et les charges, soit traduit en russe, seule langue écrite comprise par les prévenus. Deux interprètes ont travaillé jusqu’au milieu de la nuit pour que le document soit prêt.

Les avocats de la défense ont craint que le procès soit critiqué par la Cour européenne des droits de l’Homme s’il n’y avait pas un interprète par prévenu étranger.

Le substitut Guy Meyer a estimé cependant que “tous les prévenus n’ont pas le même état d’esprit”, et que “certains montrent de la mauvaise volonté à participer au débat judiciaire”. Il a douté notamment qu’ils ne comprennent pas la langue des signes française : “Pour ce qui est d’éléments de la vie de tous les jours, ils comprennent parfaitement ce qu’on leur dit, mais dès qu’on aborde l’affaire, ils comprennent beaucoup moins”.

Regards

Un avocat a fait observer que le langage judiciaire est sans doute moins compréhensible que le langage courant.

Pendant les suspensions, dans les deux boxes de la 31ème chambre correctionnelle qui se font face, les mains volettent, des regards s’échangent, des rires muets éclairent les visages. Le chef présumé, Anatoliy Yaresko, 41 ans, détendu dans un pull bleu électrique, dirige visiblement les conversations. Dans la salle, des amis du groupe conversent de loin avec certains, sous le regard las des gendarmes, qui laissent retentir quelques fortes sonneries de téléphone portable sans réagir.

Au bout de plus de trois heures, les débats commencent enfin avec l’interrogatoire d’Alain Elbaz et Li Dong, les grossistes français en porte-clés et briquets. Il y a alors huit interprètes dans la salle, quatre en russe, une en arménien, qui écrivent sur des papiers à la demande des prévenus, et trois en langue des signes.

Pour sa part, Yaresko ne quitte pas des yeux une pulpeuse jeune femme en pantalon lamé or, présente dans le groupe d’amis, et qui se déplace de quelques centimètres sur son banc dès que la robe noire d’un avocat empêche le prévenu de la voir. Ses gestes ne diffèrent pratiquement pas de ceux de l’interprète placée au centre du prétoire. Mais, manifestement, Yaresko a beaucoup plus confiance dans cette traduction-là.

Source : http://www.aol.com

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