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Des acteurs sourds jouent Alfred de Musset

ALFRED DE MUSSET ne se doutait sans doute pas que des comédiens sourds seraient associés à des comédiens entendants pour interpréter « On ne badine pas avec l’amour ». C’est pourtant le cas, depuis avant-hier soir, à la Coupole. Le spectacle, mis en scène par Cathy Girard-Deray, sera donné chaque soir jusqu’à samedi. Interprété en français oral et en langue des signes, il s’adresse à tous les publics, sourd et entendant. La pièce de Musset relate le retour d’un jeune homme et d’une jeune femme au château de leur enfance. Leur entourage met tout en oeuvre pour les marier. De la grâce et de la poésie Les villageois, qui n’apparaissent qu’en filigrane dans la version d’origine, occupent une place égale à celle des châtelains dans la mise en scène de Cathy Girard-Deray. Un changement qu’elle justifie ainsi : « Au fil des lectures, il m’apparaissait de plus en plus nettement que les villageois étaient d’un clan différent, d’une autre langue. J’avais envie, depuis que j’avais appris la langue de mon fils, celle des signes, de faire du théâtre avec cette langue très belle, très visuelle. On m’avait aussi parlé d’une île quelque part en Amérique qui aurait été peuplée de personnes sourdes. Alors, ce fut l’évidence : la langue des signes était la langue des villageois. » Aux côtés des comédiens entendants, qui tissent la trame de l’histoire, les comédiens sourds sont omniprésents. Ils interprètent les dialogues parlés à l’intention du public sourd, mais y vont également de leurs commentaires, offrant une dimension supplémentaire à la pièce. Et là, tout le monde peut suivre. Car la langue des signes se prête idéalement à la pantomime. Les élèves de seconde 5 du lycée Delaunay de Vert-Saint-Denis ont assisté à la représentation. « On ne voit pas la différence entre les comédiens sourds et entendants. Je ne savais pas que les comédiens sourds pouvaient jouer aussi bien », commente une élève. « Les gestes des sourds apportent une grâce, davantage de poésie au texte », ajoute un professeur. La difficulté consistait, pour ces comédiens professionnels, à travailler en harmonie. Car les entendants ne connaissaient pas la langue des signes avant de préparer cette pièce. « Ce n’était pas acquis d’avance, reprend Cathy Girard-Deray. Ce qui est beau, c’est la réunion de ces êtres. » Ce travail en commun ne pouvait qu’enrichir les comédiens, sourds comme entendants. « C’est la première fois que je joue avec des comédiens entendants, précise Laurent Valo, un acteur sourd. Cela demande un travail d’interprétation qui n’est pas évident. Il y a une barrière, comme entre deux langues étrangères. Beaucoup de sourds sont en échec scolaire, car ils ne travaillent pas beaucoup le français. Il faudrait beaucoup plus d’interprètes, partout. » Tous les soirs (20 h 45) jusqu’au samedi 13 janvier à la Coupole, rue Jean-François-Millet. Réservations : 01.60.34.53.60 ou 01.60.60.02.63. Prix des places : de 41 F à 118 F (de 6,25 euros à 17,99 euros).

Source : http://www.leparisien.fr © 11 Janvier 2001 à Paris

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