La main des sourds

L’intégration des enfants réciproquement consentie

A partir d’une langue à part entière qui possède son vocabulaire, sa syntaxe et sa grammaire, il s’agit d’intégrer parfaitement les mal-entendants.
Pour encourager chacun d’entre nous, entendant, à fournir les efforts nécessaires pour rejoindre le monde des sourds, pour tenter de communiquer avec tous ces enfants, ces femmes et ces hommes qui redoublent d’énergie pour exister dans une société qui entend.
Ainsi pour faciliter cette double intégration (où intégration réciproque), l’Association Culture et Langue des Signes Ferdinand Berthier propose et organise des cours dispensés au pôle associatif du Magny (ex école primaire) rue de Commentry, à raison de deux heures chaque lundi de 18 h à 20 h. Les deux formateurs qui interviennent sont eux-même malentendants et une dizaine de personnes parfaitement entendantes suivent régulièrement ces séances.

C’est dans le cadre de cette formation que les responsables ont invité lundi dernier, Yves Delaporte, directeur de recherches au CNRS pour une conférence sur « l’histoire » de la langue des signes française (LSF).
Il retraçait, le long chemin qu’il a fallu parcourir et les obstacles à surmonter pour qu’enfin soit reconnue cette langue comme une langue à part entière, « la langue de vie », préscisait-il.
Du plus longtain de l’antiquité, le sourd était délaissé en tant qu’innintelligent, au moyen âge, les observations de l’abbé de l’Epée aboutirent à la première école de sourds dans le monde.
De là, un fulgurant développement, jusqu’au terrible traité de Milan, dont les sourds furent exclus, interdisant la langues des signes dans leur éducation.
Il faudra attendre 1976, pour que ceux-ci prennent conscience de leur droit à s’exprimer dans leur propre langue et à défendre leur culture. Mais ce n’est qu’en 1992 que fut enfin votée une loi reconnaissant la langue des signes française. Et même si encore, force est de constater que les sourds sont toujours victimes de l’indifférence des entendants.
Yves Delaporte a expliqué la nature même de cette langue. Ainsi il présentait une langue totale et véritable, visuelle et gestuelle, avec son mode d’expression et de réception, mais aussi son vocabulaire, sa propre structure et ses règles grammaticales. Basée sur l’expression corporelle du visage et des mains, la moindre mimique pourrait être trompeuse, c’est pourquoi c’est tout un language émotionnel qui l’accompagne, déterminant des moments d’échange d’une rare intensité.

« Il me parle avec les mains et je l’entend avec mes yeux ». c’est une relation que nulle autre langue n’apporte en fait. Le conférencier a évoqué, bien sûr, les difficultés et les incompréhensions auquelles sont confrontés les sourds dans ce monde d’entendants, ces « malentendus culturels », les phénoménes de ghetto dont nous entendants sommes coupables et dans lequel s’enferment les malentendants, ralentissant encore leur propre intégration. « C’est au monde des entendants de faire un effort de communication. Imaginons n’importe lequel d’entre nous dans un pays étranger… A tout réfléchir, ne serais ce pas là, la langue universelle ». Autant de sujets de réflexion lancés par Yves Delaporte et que l’on peut développer auprès de l’Association Culture et Langue des Signes Ferdinand Berthier
rue Ferdinand Bourgeois, 71500 Louhans, Tel/fax 03-85-75-55-81, e-mail armandpelletier-clsfberthier @ wanadoo.fr

Source : http://www.lejsl.com – 14/11/2000 à Louhans (France)

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